Suite.
Pour apporter un éclairage supplémentaire.
Je copie ici de brefs passages de l'ouvrage de l'abbé Proyart, le biographe oculaire de Louis XVI, - Louis XVI et ses Vertus aux prises avec la perversité de son siècle. (ici du tome 1).
(Les majuscules et l'italique sont de l'abbé Proyart.) (Le gras ici est de moi.)
"Le jour que Louis XVI, accompagné de la Reine, fit sa première entrée comme Roi dans sa capitale, jour nébuleux, durant lequel une pluie fort incommode faisait, de la cérémonie, un spectacle désordonné et sans éclat, l'Université de Paris, autorisée à se qualifier la Fille aînée de nos Rois, saisit la circonstance pour faire hommage, au jeune Monarque, des jeunes talents qu'elle cultivait (...). Le Roi et la Reine, prévenus, consentirent à suspendre leur marche devant le Collège de Louis-le-Grand, devenu le chef-lieu de l'Université, depuis que les Jésuites en avaient été bannis.
"Parmi les milliers de disciples qui remplissaient les écoles de l'Université, il s'agissait d'en admettre un seul à la faveur qui était ambitionnée par tous, celle de pouvoir haranguer ses nouveaux Souverains ; et l'être privilégié à qui cet honneur fut dévolu, ce fut celui-là même en qui Louis XVI, si le voile de l'avenir se fût soulevé à ses yeux, eût reconnu son féroce assassin, l'assassin de sa famille et de ses plus fidèles Sujets : ce fut Robespierre.
"J'étais présent, et il me semble voir encore le jeune Monarque et son Épouse abaisser des regards de bonté sur le Serpent qui rampait en ce moment à leurs pieds, chantant leurs vertus et leur présageant le règne du bonheur."
(Abbé Proyart - Op. cit. - Tome 1 - Livre III, pp. 109-110).
Et Note 7 :
"Lorsque Louis XVI fit son entrée solennelle dans Paris, Robespierre finissait son cours d'Humanité au Collège de Louis-le-Grand. Il avait eu pour professeur de Rhétorique un homme instruit, mais admirateur enthousiaste de Rome païenne et de ses héros, et que ses écoliers, pour cette raison, appelaient entre eux le Romain. Ce professeur, nommé Hérivaux, croyait reconnaître dans Robespierre un indice de la fierté républicaine qui lui plaisait. Ce fut lui qui lui procura la faveur de haranguer Louis XVI en lui déclamant une Pièce de Vers latins composée pour la circonstance."
L'abbé Proyart poursuit comme témoin oculaire :
"J'étais alors Préfet des Études dans le même Collège, et, me trouvant dépositaire de quelques aumônes que faisaient annuellement à Robespierre l'Évêque et quelques chanoines d'Arras, je l'avais fait habiller, pour qu'il pût se présenter décemment devant les Souverains. Parmi tous les jeunes gens qui étudiaient alors dans ce Collège, à l'aide d'une pension gratuite appelée Bourse, je doute qu'il s'en fût jamais trouvé un aussi réduit à l'indigence où était le jeune Robespierre ;
et, s'il m'eût été été donné de deviner le Monstre dans l'écolier, rien ne m'eût été plus facile que de le museler, en tarissant le cours des aumônes que je recevais pour lui, ressource sans laquelle il lui eût été impossible de s'entretenir
et de continuer ses études.
"Je n'attribue qu'à ma déportation d'avoir pu échapper à ses poignards ; car il ne paraît pas qu'il ait jamais pardonné à aucun de ceux à qui il devait de la reconnaissance."
(Extraits de : Louis XVI et ses Vertus aux prises avec les perversités de son siècle - Tome 1, livre III - pp. 109-110 - pp. 429-430 - 4 volumes - Édition de 1808.)