Neodadais
J'entends parfaitement votre propos.
Cependant, ces cloisonnements de pensée ne sont-ils pas aggravés par la formalisation puis l'institutionnalisation des associations politiques ?
Si une "loi Le Chapelier" n'empêche pas telles dérives, n'y est-elle toutefois pas un frein souhaitable ?
Voulez-vous dire la suppression des partis politiques, comme Simone Weil ? Disons que le « parti » n'est pas vraiment prévu dans notre mécanique ou jeu des institutions. Nous voyons bien par exemple que sous la Vème République en France, il suffit qu'un président et une majorité à l'assemblée soient du même parti, pour que l'assemblée devienne une chambre d'enregistrement, pour qu'il n'y ait plus vraiment de séparation des pouvoirs.
Même sans en arriver là, dès lors qu'il y a affiliation à un parti, il y a concurrence chez le député entre sa propre volonté, et celle du parti, voter conformément à sa ligne sur telle question : ce qui évidemment ne peut que nuire au débat, n'est pas de nature à faire de l'assemblée un lieu, où par le débat, une opinion émerge, et s'impose, dans la mesure où les positions sont déjà plus ou moins figées avant la séance.
Sans les partis, il resterait toujours des mouvements d'opinion, plus lâches comme vous dites, regroupés autour de médias, sur internet ou non… Il y a aussi possibilité que les partis de la veille, ou des hommes politiques ou d'influence se regroupent en factions qui seraient simplement plus secrètes. Je ne sais dire honnêtement si ce serait ou non une bonne chose. Il faut que j'y réfléchisse plus sérieusement.
Le problème est également individuel : il est terrifiant de constater comment les esprit endoctrinés prennent pour croyance ce qui relève du débat, reportant alors toute ouverture à la réflexion vers une susceptibilité de ce qui est perçu comme une attaque direct d'un égo guère justifié. L'éducation ne peut-elle ainsi pas egalement à contribuer aux regulations ou aggravations de ces phénomènes de masse ?
Si je vous comprends bien, vous souhaiteriez, une société composée d'une majorité de philosophes, ou « libre-penseurs », comme on dit aujourd'hui, et vous pensez qu'un moyen possible de s'en rapprocher est l'instruction. Permettez que je vous réponde par un précédent post, en ce fil, du moins en son précédent, le premier :
L'opinion est aussi un phénomène social, relatif aux différentes groupes que nous fréquentons : travail, amis, famille… dont il faut s'abstraire, si l'on veut être philosophe, ou "libre-penseur" comme on dit aujourd'hui. Il est évidemment plus agréable d'être philodoxe : de se contenter de mieux formuler que les autres les opinions qui sont partagées et dominantes dans tel ou tel groupe, contre tel ou tel groupe. Dans le premier cas, vous risquez persécution et ostracisme ou solitude, tandis que dans le second, vous jouissez tranquillement de l'estime du groupe en question, ce qui d'ailleurs ne peut que vous conforter dans vos positions… Résumons : la liberté de penser a son prix ; la plupart des hommes ne sont pas disposés à le payer.