Interdiction d’une représentation théâtrale à la Sorbonne, attaque d’une librairie à Paris, destruction d’une école à Béziers, censure d’un philosophe à Science-Po et de son homologue à l’Université de Bordeaux, incendie d’une structure d’éducation populaire à Chanteloup-les-Vignes : de partout on s 'attaque à la culture.
Le 25 mars 2019, des étudiants se disant antiracistes obtiennent l’interdiction de la représentation d’une pièce de théâtre d’Eschyle, Les Suppliantes, qui devait être jouée dans le cadre du festival de théâtre antique Les Dionysies. Ces militants agissaient ainsi au motif que, conformément à la tradition ancestrale des masques, des comédiens blancs s’y grimaient en noir pour figurer des esclaves venues du Nil et que ce procédé dit black-face relevait purement et simplement du racisme. Une cinquantaine de personnes se réclamant de la Ligue de défense noire africaine, de la Brigade anti-négrophobie et du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), ont bloqué l’entrée de l’université. Ils ont obtenu gain de cause.
Le 4 octobre 2019, la Nouvelle librairie, près du Luxembourg, a été vandalisée pour la seconde fois. La première, c’était en février en marge d’une manifestation des gilets-jaunes. Le responsable de cette librairie avait alors dit à Causeur: "Des gilets-jaunes se sont tant bien que mal interposés. Sans leur intervention, les dégâts auraient été encore plus lourds, non seulement parce que ce sont deux gilets-jaunes qui ont prévenu notre libraire de l’arrivée imminente des antifas, mais aussi parce qu’une poignée d’entre eux a défendu la librairie." Les vidéos montrent que casqués, cagoulés, vêtus de noir, les attaques ont été menées par des blacks -blocs qui se présentent comme antifascistes tout en goûtant tout particulièrement les méthodes violentes du fascisme : bandes armées, recours à la violence, coups et blessures infligés avec des barres de fer, des matraques, dégradations de biens.
Le jeudi 31 octobre, dans la nuit, un groupe scolaire a été incendié à Béziers. Un jeune homme de quinze ans a été interpellé trois jours plus tard. Connu des services de police, il avait déjà été arrêté deux ans auparavant, il avait donc treize ans. Il avait alors allumé des incendies lors de la soirée d’Halloween. Cette fois-ci. il a reconnu avoir mis le feu à une voiture près de l’école mais affirme n’être pour rien dans la vandalisation du groupe scolaire.
Ce même jeudi 31 octobre, la philosophe Sylviane Agacinski a été empêchée de donner une conférence dans le cadre de l’université Montaigne à Bordeaux. Elle souhaitait aborder la question de "l'être humain à l’époque de sa reproductibilité technique ". Un débat faisant suite à cette conférence était prévu. Sylviane Agacinski est une philosophe de gauche dont le travail impeccable porte notamment sur les questions de PMA et de GPA. Elle milite contre la marchandisation des corps rendue possible par le système libéral. Son mari, Lionel Jospin, qui fut premier ministre socialiste, avait dit qu’il était pour une économie de marché mais contre une société de marché. C ' est là une belle formule. C’est dans cette logique que s’inscrit le travail de la philosophe.Des syndicats étudiants et des associations LGBT ont multiplié les menaces pour que cette conférence-débat n’ait pas lieu. La présidente de l’université leur a donné raison.
Le 23 avril dernier, la même mésaventure était arrivée au philosophe Alain Finkielkraut. Un comité baptisé " Science Po en lutte - Institut Clément Méric " avait menacé de rendre la conférence impossible. Les autorités leur ont donné raison: Alain Finkielkraut a été lui aussi interdit de parole.
Dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier, des violences à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines sont à l’origine de la destruction d’un immense chapiteau ayant coûté 800.000 euros au contribuable. Une trentaine de jeunes d ' une cité voisine a préparé une opération commando qui leur a permis, après avoir allumé des incendies de poubelle, d’attirer pompiers et policiers dans un guet-apens. Les émeutiers ont alors pu lancer sur leurs victimes piégées les cocktails Molotov préparés et stockés dans les poubelles. Ils ont ensuite mis le feu à L’Arche, une structure d’éducation populaire dédiée aux arts du cirque et de la scène.
Il y a là, en sept mois seulement, de quoi s’inquiéter du retour du fascisme : à la Sorbonne des étudiants prétendument antiracistes qui sont en fait des racistes anti-blancs; à Paris de prétendus antifascistes qui ravagent une librairie en utilisant les méthodes des groupuscules fascistes; à Bordeaux des militants LGBT qui restreignent les libertés d’opinion, d’expression et de réunion; à Paris des " antifascistes qui font de même; à Béziers ou à Chanteloup-les-Vignes des délinquants qui marquent leurs territoires et pour cela détruisent les biens que la République met au service de la culture.
Aujourd ' hui le fascisme menace, c’est un fait. Un autre fait : ce fascisme actuel n 'a que peu à voir avec l 'extrême droite.
Source : ce texte est un résumé rédigé à partir de : https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/convergence-des-luttes-barbares?mode=text