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par sadko6666
#1196185
Je vous propose içi un dossier exclusif, paru dans le "courrier internantional" de cette semaine, c'est long mais intéressent.

Quarante ans d’ambiguïté
Après la guerre de 1967, certains Israéliens affirmaient que les Territoires étaient “libérés”. D’autres, qu’ils étaient occupés…

Cette année 2007 marque le quarantième anniversaire de ce que les uns considèrent comme l’occupation de la Cisjordanie et l’annexion de Jérusalem-Est et de ce que les autres voient comme la libération de la Judée-Samarie et la réunification de Jérusalem. Sur la façon de nommer cet événement, on le voit, il n’y a aucun consensus, ni entre Israéliens, ni entre nous et nos voisins, et pas même au sein de la communauté internationale. Ce qui est sûr, c’est qu’un fil directeur guide la politique israélienne depuis quarante ans : l’ambiguïté.
Nul doute que la politique israélienne d’“ambiguïté nucléaire” n’a pas que des inconvénients. De même, Henry Kissinger a bâti toute sa carrière diplomatique sur le concept d’“ambiguïté constructive”, censée permettre des avancées diplomatiques. En revanche, il est difficile de trouver un phénomène plus destructeur que l’approche ambiguë privilégiée par les dirigeants israéliens pour les questions liées aux territoires occupés-libérés-administrés. Peu de temps après la guerre des Six-Jours, interpellé à la Knesset sur l’opportunité de remplacer sur les cartes israéliennes la Ligne verte [armistice de 1949] par les lignes de cessez-le-feu [du 10 juin 1967], le ministre travailliste Yigal Allon répondit : “Du point de vue du droit international, les lignes de cessez-le-feu sont la seule ligne de démarcation pertinente entre Israël et ses voisins.” Autrement dit, la domination exercée par Israël sur les Territoires n’est pas reconnue, mais c’est ce dont nous disposons et c’est avec cela que nous vaincrons.
L’ambiguïté formelle et juridique a été renforcée par la subtile distinction établie entre la version anglaise de la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui demande le retrait israélien “de” territoires occupés lors de la guerre de 1967, et sa version française, qui appelle au retrait israélien “des” territoires. Que faire de la population palestinienne, qui persiste à s’accrocher à sa terre et menace ainsi de rompre notre équilibre démographique ? L’ambiguïté israélienne a trouvé une solution inventive à ce problème : l’application du droit civil israélien sur certaines zones seulement, Jérusalem-Est et le Golan [territoires annexés]. Dans nos slogans, Jérusalem est une ville unifiée. Dans la pratique, la barrière de séparation coupe des milliers de Palestiniens de la ville dans laquelle ils résident officiellement. La politique de discrimination appliquée par les ministères israéliens et la municipalité de Jérusalem illustre l’ambiguïté morale entre la réunification de la ville et sa judaïsation. Cette ambiguïté fait le bonheur des Israéliens. Qu’elle fasse le malheur des Palestiniens, qui s’en soucie ? Il en va de même de la bande de Gaza. Israël s’est désengagé de l’intérieur de ce territoire, mais n’en continue pas moins à l’occuper de l’extérieur.

La “croissance naturelle” des colonies reste ambiguë

Dans une situation où le gouvernement reconnu de la bande de Gaza n’y exerce aucune souveraineté, il y a une équivoque sur une question : Israël est-il complètement dégagé de ses responsabilités en tant que puissance occupante envers les habitants de cette région de misère ?
En Cisjordanie, dans les zones qui n’ont pas été officiellement annexées, c’est le gouvernement militaire [israélien] qui est souverain. Et, selon la Quatrième Convention de Genève, les citoyens israéliens ne peuvent y être implantés. L’expression ambigue de “territoires administrés” a été créée de toutes pièces, celle de “terres publiques” a été puisée dans le droit ottoman et nous avons statué que “tout est sujet à négociation”. Tout, sauf évidemment les “blocs d’implantations” [colonies], dont les limites (pourrait-il en être autrement ?) sont ambiguës de notre point de vue et inacceptables du point de vue de la partie adverse. Pour rendre possible l’extension des implantations de peuplement, contrairement à nos engagements internationaux, nous avons pris prétexte de la nécessité de répondre à la “croissance naturelle” des colonies, une “croissance” dont l’ampleur reste ambiguë.
Enfin, pour nous protéger des Palestiniens, pour qui l’occupation est tout sauf ambiguë, nous avons inventé la politique ambiguë des liquidations, des barrages et des tirs à vue. Cette ambiguïté a fini par dévorer ce qu’il y avait de bon grain parmi nos responsables politiques et militaires. Certains des jugements rendus par la Cour suprême sur des faits liés à l’occupation-libération de la Cisjordanie - Judée-Samarie font craindre que la plaie de l’ambiguïté n’ait également atteint notre système judiciaire.
Vu notre longue et joyeuse accoutumance à la drogue de l’ambiguïté, il n’est pas surprenant que nos dirigeants et notre opinion publique soient frappés d’atonie devant un défi tel que celui posé par la résolution de la Ligue arabe de mars 2002, une résolution fondée sur un principe sans équivoque : les territoires contre la paix. Il est plus confortable pour nous de nous contenter d’une “feuille de route” sans lignes directrices et de célébrer notre “union nationale” autour de slogans vides de sens.
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Chronologie

1967
La guerre des Six-Jours a opposé, du 5 au 10 juin 1967, Israël à une coalition formée par l’Egypte, la Syrie et la Jordanie. Les hostilités ont été déclenchées par une “attaque préventive” israélienne contre l’Egypte qui venait d’obtenir le retrait des troupes de l’ONU stationnées dans le Sinaï et à Gaza depuis 1957. A la suite de cette guerre éclair, l’Etat hébreu occupe le Sinaï, le plateau du Golan, la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est.
Ci-contre, des soldats israéliens après leur entrée dans Jérusalem, en juin 1967.

1973
La guerre du Kippour, du 6 au 24 octobre 1973, a opposé Israël à une coalition conduite par l’Egypte et la Syrie. Yom Kippour – le jour du Grand Pardon – est un jour de jeûne pour les juifs. Les armées égyptienne et syrienne attaquèrent simultanément par surprise les forces israéliennes stationnées dans le Sinaï et sur le plateau du Golan. Ici, les troupes israéliennes sur les hauteurs du Golan, se protégeant de l’aviation syrienne.

1977
A l’invitation du Premier ministre israélien Menahem Begin, le président égyptien Anouar El-Sadate se rend en Israël le 19 novembre 1977, et tous deux donnent une conférence de presse conjointe à Jérusalem. Cette visite historique conduit à la signature, le 17 septembre 1978, des accords de paix israélo-égyptiens de Camp David, sous le parrainage du président américain Jimmy Carter. L’Egypte est le premier pays arabe à reconnaître l’existence d’Israël. En 1978, les deux dirigeants reçoivent le prix Nobel de la paix.

1987
La première Intifada a commencé en décembre 1987 sous la forme d’une explosion spontanée de colère des Palestiniens de Gaza. . L’Intifada s’est étendue comme une traînée de poudre à la Cisjordanie. Ce soulèvement avait pour armes les pierres, seul moyen dont disposaient les Palestiniens face à Israël. L’Intifada a eu un grand retentissement auprès de l’opinion publique mondiale. Ce fut également un choc moral pour la société israélienne confrontée à la réalité de son statut d’occupant dans les territoires envahis en 1967.

1995
L’accord intérimaire israélo-palestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza, connu sous le nom d’Oslo II, définit les modalités de l’autonomie des Palestiniens dans les Territoires. Signé le 24 septembre 1995 à Taba (Egypte) par Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël et Yasser Arafat, président de l’OLP, l’accord a été à nouveau paraphé en présence de représentants de la communauté internationale, à Washington, le 28 septembre de la même année. A la Maison-Blanche sont réunis Yasser Arafat, le président américain Bill Clinton, le roi Hussein de Jordanie, le président égyptien Hosni Moubarak et Yitzhak Rabin.

2000
La deuxième Intifada est déclenchée en septembre 2000 par la visite sur l’esplanade des Mosquées d’Ariel Sharon, à l’époque dans l’opposition au gouvernement d’Ehoud Barak. Son arrivée, encadrée par 1 500 policiers, est interprétée comme une provocation. Les Palestiniens ne se contentent plus des pierres de la première Intifada, ils ont aussi recours aux armes.

2002
La construction d’un mur séparant Israël de la Cisjordanie a été décidée par le gouvernement israélien et commencée en 2002. Au nom de la lutte antiterroriste, ce mur, trois fois plus haut et deux fois plus large que le mur de Berlin, suit pour l’essentiel les frontières de 1967, même si, par endroits, il s’enfonce profondément en Cisjordanie en annexant de nombreuses colonies. A la demande des Nations unies, la Cour internationale de justice de La Haye s’est prononcée en 2004 sur l’illégalité de cette barrière, qui doit s’étendre sur 730 kilomètres.
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BILAN • Notre arme de destruction massive
Les Palestiniens n’ont tiré aucune leçon de leurs erreurs, constate le célèbre psychiatre de Gaza Eyad Al-Sarraj


Nous n’avons rien appris des autres peuples, ni de leurs victoires ni de leurs échecs. En Afrique du Sud, les Noirs ont réussi la révolution consistant à établir un Etat de droit et l’égalité des citoyens, mais nous n’avons pas étudié leur exemple. En Algérie, la population s’est entre-tuée au nom de “belles causes”, mais nous n’en avons tiré aucune leçon. En Somalie, les dirigeants se sont comportés comme si les déchirements entre milices étaient leur idéal suprême, mais nous n’avons pas compris que nous étions guettés par le même drame. Dans le monde entier, le terrorisme d’Al-Qaida provoque des réactions de rejet, mais tout ce que nous avons su faire est de prêter le flanc aux mêmes accusations en tuant des civils. Non, nous n’avons rien appris et nos dirigeants persistent à nous mener à l’abîme. En 1965, j’avais assisté à la première conférence de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en tant que délégué de l’Union des étudiants palestiniens. Dans ma naïveté de jeune homme, je ne comprenais pas pourquoi l’OLP comptait des dizaines d’organisations différentes alors que toutes juraient avoir pour seul objectif de “libérer la patrie”. Puisque toutes voulaient la même chose, elles n’avaient qu’à s’unir, me disais-je. Je n’avais pas encore compris qu’il y avait des pays arabes qui voulaient exercer leur influence en finançant tel ou tel groupe. C’est pour cela que l’OLP n’a été qu’un regroupement de factions et qu’elle est devenue le lieu où nos dirigeants se rencontraient pour régler leurs différends, mais aussi pour négocier le partage des postes et la distribution des ressources. Il y a des personnalités palestiniennes qui se sont tues pour quelques dollars, d’autres qui se sont vendues à des pays étrangers pour en devenir les relais d’influence. Ces dirigeants qui se croyaient investis d’une mission divine n’ont été en réalité que les fossoyeurs de notre unité.
Nous n’avons rien appris de nos divisions, qui ont permis au colonisateur d’établir sa domination. L’OLP elle-même a versé dans ce travers. Quand elle s’est installée dans les Territoires, après les accords d’Oslo, elle n’a pas consacré son énergie à fonder la société sur la citoyenneté, l’égalité et le droit, mais à acheter la loyauté des grandes familles en distribuant postes et prébendes. C’est ainsi qu’elle a semé la discorde dans la bande de Gaza, qu’elle a transformé certains secteurs de l’administration en véritables fiefs partisans.
Nous n’avons rien appris des échecs qui ont suivi chacune de nos ingérences dans les affaires des pays voisins. En Jordanie, nous avons tenté de renverser le roi Hussein pour établir un régime révolutionnaire [1970], tentative qui s’est soldée par des centaines de morts et l’expulsion de nos chefs vers le Liban. Au Liban, nous avons constitué un Etat dans l’Etat, ce qui nous a valu la haine des Libanais et l’expulsion de nos chefs vers la Tunisie [1982]. En 1990, alors que nous savons ce qu’est une occupation, nos dirigeants ont acclamé Saddam Hussein qui venait d’envahir le Koweït, ce qui a abouti à l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens des pays du Golfe. Et, après cela, nous n’avons toujours rien appris puisqu’aujourd’hui le Fatah Al-Islam provoque des troubles au Liban.
Notre incapacité à apprendre de notre propre histoire, c’est l’arme de destruction massive que nous avons inventée et qui assurera la victoire d’Israël.

Eyad Al-Sarra
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Une guerre par inadvertance

L’historien Henry Laurens, professeur au Collège de France, revient sur les causes complexes et pour une part accidentelles du conflit de 1967.


Vous publiez ce mois-ci le troisième tome de La Question de Palestine* – L’Accomplissement des prophéties, qui couvre la période de 1948 à 1967. Lors de vos recherches, avez-vous découvert des documents nouveaux ?
HENRY LAURENS Le Foreign Relations of the United States (FRUS) a récemment rendu publics in extenso des documents relatifs à cette période, alors qu’auparavant on n’avait droit qu’à des témoignages fragmentaires. A cela s’ajoutent des progrès considérables de l’historiographie israélienne. En revanche, les recherches arabes restent bloquées. La théorie du complot contre Nasser, développée par le journaliste égyptien Mohammad Hassanein Heykal, demeure la thèse officielle. Ce qui est sûr, c’est que Nasser a mal calculé. Aujourd’hui, on a l’impression que la guerre de 1967 a été une guerre par inadvertance, accidentelle, et non une guerre planifiée de longue date.

Comment une guerre aux conséquences aussi dramatiques peut-elle éclater par inadvertance ?
Pour les militaires israéliens, le relatif isolement politique de la Syrie dans le monde arabe poussait Damas à adopter une politique de provocation vis-à-vis d’Israël afin de régler des litiges frontaliers. Par ailleurs, Israël voulait punir la Syrie de son soutien à des organisations palestiniennes telles que le Fatah, qui menait une guerre d’usure à partir du territoire syrien. Tsahal n’était pas prêt pour ce type de guerre. C’était une armée formée pour attaquer, et non pour rester en position statique aux frontières afin d’empêcher les infiltrations.

Avait-on peur de se retrouver dans une situation de harcèlement, comme au Vietnam ?
En réalité, les attaques du Fatah étaient loin de constituer une menace. En juin 1967, presque deux ans et demi après sa création, ses attaques avaient fait peu de victimes (quinze au total)… Les Israéliens étaient persuadés que les Etats-Unis interviendraient pour empêcher toute conquête territoriale de leur part, comme lors de la guerre de 1956 [guerre anglo-franco-israélienne contre l’Egypte après la nationalisation du canal de Suez]. C’est au cours de la guerre elle-même que les Américains ont abandonné l’idée d’interdire aux Israéliens des conquêtes territoriales.

Comment expliquer l’engagement soviétique dans cette guerre ?
Les raisons de l’engagement soviétique demeurent controversées. Il semble qu’il y ait eu une vraie manipulation : des services secrets israéliens manipulant des agents doubles qui auraient transmis de fausses informations à l’URSS. Moscou était sûr qu’Israël voulait attaquer la Syrie.

Nasser a-t-il poussé à la guerre ?
Comment le président Nasser aurait-il réagi à une attaque israélienne contre la Syrie ? Les sources égyptiennes écrites a posteriori rendent le maréchal égyptien Amer grand responsable de la guerre et de la défaite. Or, en 1967, Nasser n’admettait pas le règlement de 1957 du différend frontalier entre l’Egypte et Israël, à la suite de la guerre de 1956 : démilitarisation du Sinaï, installation de casques bleus et liberté de navigation dans le détroit de Tiran. Il y avait un consensus au sein du pouvoir égyptien pour revenir à l’avant-1956 et fermer le détroit de Tiran. Mais Nasser pensait plus à la guerre froide à l’intérieur du monde arabe, à son combat contre l’Arabie Saoudite et ses alliés dans la région : il voulait créer un grand mouvement d’opinion arabe antisaoudien, en enrôlant aussi dans son camp le roi Hussein de Jordanie, de façon à isoler encore plus Riyad. La stratégie de Nasser était complexe. Il était parfaitement conscient que l’armée égyptienne n’avait pas les moyens de mener une guerre offensive, mais il pensait qu’un dispositif de guerre égyptien solidement installé dans le Sinaï avait de bonnes chances de dissuader Israël. Nasser travaillait dans la perspective d’une attaque israélienne. En revanche, le général Amer défendait une stratégie plus offensive. Cet incompétent propulsé à la tête de l’armée va faire de la grande muette un instrument de pouvoir. On sait aujourd’hui que Nasser et Amer ne s’entendaient pas, mais cette opposition entre les deux hommes était peu connue à l’extérieur.

Nasser a-t-il été une victime de cette guerre ?
Nasser, comme souvent, a été victime de sa propre propagande. Le discours nassérien est relativement raisonnable, il ne parle pas de rayer Israël de la carte, contrairement aux médias égyptiens et à l’appareil de propagande, qui sont nettement plus virulents et échappent à son contrôle direct. Ces médias donnent aux Israéliens l’impression qu’ils sont à la veille d’une guerre d’extermination.

Comment cette guerre a-t-elle été préparée, côté israélien ?
Israël vivait une crise profonde entre les militaires et le pouvoir civil. Le Premier ministre de l’époque, Levi Eshkol, essayait de calmer les militaires prêts à prendre des initiatives. Ils étaient sûrs qu’ils pouvaient gagner la guerre. Il y eut une quasi-mutinerie des généraux face à Eshkol. C’était en fait un problème de décalage de civilisation et de génération, entre des hommes politiques nés en Europe et ayant grandi dans la période qui avait précédé l’établissement de l’Etat d’Israël et de jeunes militaires nés en Palestine. Les militaires se considéraient comme les véritables Israéliens et, pour parler du gouvernement, disaient : “Les Juifs” !

Comment peut-on interpréter le jeu américain dans cette guerre ?
Pour les Israéliens, cette guerre ne servait à rien si Washington s’opposait au maintien des gains qu’Israël engrangeait. Le message du gouvernement Johnson était ambigu : Washington acceptait la légitimité des Israéliens pour mener cette guerre, mais en même essayait de les dissuader de la mener. Cette position américaine, Nasser l’interprète comme un remake de la guerre de 1956 [les Américains avaient forcé les Israéliens et les troupes franco-britanniques à se retirer d’Egypte]. Une défaite arabe ne servait pas les intérêts des Américains. Elle faisait basculer le Moyen-Orient dans le camp de l’URSS. Manifestement, le président égyptien sous-estimait le potentiel militaire de l’Etat hébreu, pensant qu’Israël aurait toujours besoin de l’aide des armées occidentales. Mais les Américains vont interpréter les risques de guerre comme un moyen de faire émerger un “nouveau Moyen-Orient” et accepter implicitement qu’Israël attaque ses voisins. C’est un feu orange, et non vert, que Washington donne à Israël. Il faut ajouter que la question du nucléaire au Moyen-Orient était déjà à l’ordre du jour. Les avions égyptiens avaient survolé Dimona, la nouvelle centrale israélienne du Néguev. Israël était déjà tout près du seuil nucléaire. Pour les Israéliens, traumatisés par l’idée d’extermination et obsédés par les questions de sécurité, le survol égyptien était une raison supplémentaire pour agir.

Quarante ans après, quelles leçons peut-on tirer ?
La guerre des Six-Jours a donné aux Israéliens une assise territoriale et une forte supériorité sur les Arabes. Mais ces acquis censés assurer la sécurité d’Israël causeront à l’Etat hébreu des pertes plus lourdes et plus permanentes que dans les années avant 1967.

* Les deux premiers tomes sont : La Question de Palestine – I. L’invention de la Terre sainte (éd. Fayard, 1999) et La Question de Palestine – II. Une mission sacrée de civilisation (éd. Fayard, 2002).

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Aux sources du terrorisme

En accordant à Israël une supériorité absolue, Washington a poussé les Arabes au djihad, affirme l’opposant syrien Yassine El-Hajj Saleh.


La critique occidentale de l’offensive israélienne au Liban durant l’été 2006 portait surtout sur son caractère “disproportionné”, jugé démesuré par rapport à l’agression subie [incursion du Hezbollah en Israël et enlèvement de deux soldats]. Argument en écho aux reproches faits aux soldats israéliens et à leurs agissements en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, pendant la deuxième “Intifada” [de 2000] et qui semble dire : au lieu de dix Palestiniens tués pour venger un Israélien, cinq feraient l’affaire. Toujours dans le même esprit, accuser certains groupes palestiniens, arabes ou musulmans de s’en prendre à des civils israéliens signifie implicitement : contentez-vous de vous battre contre les militaires. Ce point de vue occulte la question essentielle, celle du rapport des forces. Comment, dans le cas palestinien, combattre les avions F16 ou les chars Merkava ? Et quel serait le rapport entre victimes des deux camps si les Palestiniens s’engageaient à s’en prendre uniquement aux militaires ?
La théorie de la guerre juste, développée aux Etats-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, suppose que les conflits opposent des Etats indépendants, avec des armées régulières, formées de professionnels et bien distinctes de la société civile. Ces pays sont censés présenter des rapports de forces relativement équivalents. Mais une telle théorie ne peut être appliquée à des guerres dont l’un des deux belligérants est totalement dépourvu d’armée ou a une armée trop faible. L’application du principe de la guerre juste sur des parties en décalage total est révélatrice de la vision égocentrique de l’Occident. Car la distinction entre militaires et civils, que l’Occident reproche aux Arabes de ne pas faire, obéit à la même logique. Une différence de force qualitative oppose Israël à chacun des pays arabes, voire à tous les pays arabes réunis, une supériorité garantie par le soutien américain affiché à Israël. Il n’est pas impropre de dire que c’est cette différence qui a poussé des organisations subétatiques à combattre Israël, après l’échec des armées régulières.
L’appel au djihad s’inscrit dans la logique de cette guerre qui s’apparente au terrorisme, avec de nouvelles pratiques du combat qui traduisent la faillite des Etats arabes, incapables d’assurer la sécurité de leurs pays en cas d’attaques extérieures. La guerre menée par des groupes arabes armés est l’effet pervers du déséquilibre des forces nettement favorable à Israël, dû à une supériorité militaire à laquelle veillent les Etats-Unis.
Les raisons de la politique américaine sont :
assurer la survie d’Israël dans un environnement qui lui est hostile ; persuader les Arabes que la guerre est perdue d’avance et étouffer chez eux toute velléité belligérante ; amener Israël, ainsi rassuré sur son dispositif de guerre, à s’engager dans des négociations et à faire quelques “concessions”. Cette conception américaine, développée par Henry Kissinger, s’intègre dans une tradition de soutien à Israël bien ancrée en Occident. Elle se fonde sur le principe de l’équilibre des forces. Kissinger partage l’opinion dominante d’un monde géré par une rationalité étatique, parce que composé d’Etats. Or des forces paramilitaires comme le Hamas ou le Hezbollah, jouissant d’une grande mobilité, puisque non contraintes de se déployer dans des lieux fixes, pratiquant la guérilla, capables de dissimuler leurs armes et de se fondre dans la population, paraissent aujourd’hui invincibles. Car la guérilla gagne du moment qu’elle n’a pas été vaincue, à l’inverse de l’armée, qui perd si elle n’a pas vaincu. L’un des exploits de ces guérillas, c’est d’avoir sapé le mythe de la supériorité israélienne.
Aujourd’hui, le paysage arabe est une mosaïque de pays en désaccord, sans stratégie commune face à Israël et dans lesquels opèrent des milices qui ne font même pas l’unanimité à l’intérieur de leurs pays. D’un côté, un Etat censé incarner le consensus national défaillant et, de l’autre, des milices qui détiennent le pouvoir réel sur le terrain. Ce cas de figure est récurrent dans l’histoire des mouvements de libération nationale, sauf que la comparaison des milices avec ce type de mouvement s’arrête là. Les mouvements de libération nationale visaient la constitution d’un Etat indépendant, alors que les organisations paramilitaires actuelles sont nées de l’affaiblissement de l’Etat et de son incapacité à exercer sa souveraineté. Elles sont antinomiques avec l’idée même d’Etat. Les premiers sont représentatifs de leur peuple dans toutes ses composantes, et les secondes sont exclusivement fondées sur la religion, avec un tropisme prononcé vers le fondamentalisme. La faillite de l’Etat et de la rationalité politique laisse libre cours à la logique religieuse, fondée sur l’idée de martyre et de résistance absolue. Plus que toute doctrine laïque, l’islam offre une base large et solide pour une résistance absolue.

Cependant, dans des sociétés multiconfessionnelles où même l’islam est multiple, ces résistances paramilitaires risquent de s’exercer non seulement aux dépens de l’Etat impotent, mais aussi contre la société elle-même. Si le terrorisme arabe est le corollaire de l’affaiblissement des Etats, les politiques américaines, qui affaiblisent ces Etats, contribuent à la production du terrorisme. Et, face à l’absolue suprématie militaire israélienne, les Arabes ont eu recours à une arme nouvelle absolue : le martyre. A l’instar de l’autre arme absolue, le nucléaire, le martyre ne fait pas de discrimination entre militaires et civils.
En réalité, la violence d’Israël n’est pas le reflet exact de sa force militaire. Cette dernière a atteint un niveau de surarmement (y compris l’arme nucléaire) qui lui permet non seulement de neutraliser l’adversaire, mais aussi de l’anéantir totalement. D’où la nécessité de renforcer les Etats arabes, afin d’amener l’Etat hébreu à consentir à un compromis avec ses voisins. Car, aujourd’hui, une paix instaurée sur la base d’une grande disparité des forces est une paix imposée, forcément défavorable aux Arabes. Pour s’exercer, elle devra s’appuyer sur des régimes arabes totalitaires, soutenus par l’Occident, disposés à collaborer, à charge pour eux d’écraser une majorité hostile à ce compromis, laquelle se mue en groupes irrationnels et terroristes.
De par sa structure et sa conception comme une solution de la question juive, de par sa mémoire focalisée sur le principe identitaire, Israël se pose comme un Etat différent des autres, en quête d’une sécurité absolue. La souffrance de l’Holocauste, érigée en référence de toutes les souffrances humaines, devient la souffrance. Le monopole de la supériorité morale confère à Israël une légitimité suprême, irréductible à toutes les autres légitimités. Cette expérience de la souffrance a généré un racisme des plus poignant. Est-ce à dire que l’“Etat suprême” ressemble à une organisation terroriste ? En tout cas, l’un comme l’autre se distinguent de l’Etat normal : ils ne font pas la différence entre civils et militaires, ne reculent devant rien, tirent leur légitimité de leurs croyances, ne respectent pas les règles de la guerre et se placent au-dessus de la loi. En un mot, Israël jouit d’une double supériorité : la première, militaire, assurée par les Etats-Unis, et la seconde, morale, conséquence des atrocités commises par l’Allemagne nazie. Deux supériorités qui possèdent le même point faible : elles s’amenuisent avec le temps. La discordance vient de la force d’Israël, disproportionnée par rapport à celle de ses voisins. Le terrorisme arabe est le résultat de la trop grande faiblesse des Etats et de leur incapacité à assurer la fonction de défense primordiale. Deux enfermements meurtriers.

Yassine El-Hajj Saleh
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Nous avons bien trompé les Américains

Partisans de la politique du fait accompli, les dirigeants travaillistes ont lancé dès 1967 la colonisation des Territoires palestiniens.


Le 3 octobre 1967, cinq mois après la guerre des Six-Jours, le ministre du Travail Yigal Allon [travailliste] fit parvenir des instructions écrites à son département de la Statistique. Rédigées sur du papier sans en-tête officiel, elles n’en représentaient pas moins un acte politique d’importance historique. Le département de la Statistique du ministère du Travail était chargé de la cartographie officielle de l’Etat d’Israël. Selon les instructions de Yigal Allon, “les frontières du mandat [britannique, de 1922 à 1948] et les lignes d’armistice [de 1949] ne [devaient] plus être tracées sur les nouvelles cartes israéliennes”. Et de conclure : “Parce que je dois porter cette décision à la connaissance du Conseil des ministres, ces instructions ne seront effectives qu’après le coup de téléphone que je vous donnerai après le Conseil.”
L’historien et journaliste Gershom Gorenberg a trouvé ce mémo dans le fonds d’archives Allon de la Fondation Tabenkin et l’a inclus dans un ouvrage qui retrace et analyse la politique de colonisation de peuplement menée par les gouvernements israéliens lors des dix années qui ont suivi la guerre des Six-Jours, c’est-à-dire jusqu’à l’arrivée du Likoud au pouvoir, en 1977. Gorenberg souligne que la façon dont la Ligne verte a été effacée des cartes officielles israéliennes (“en l’absence de tout arbitrage gouvernemental et en dehors de tout cadre légal”) ressemble à s’y méprendre à la façon dont les gouvernements [travaillistes] de Lévy Eshkol [1965-1969], Golda Meïr [1969-1974] et Yitzhak Rabin [1974-1977] ont pris les décisions les plus cruciales en matière d’implantation des colonies de peuplement.

Il y avait un fossé culturel entre les israéliens et les Américains

Publié au printemps 2006 chez Time Books, l’ouvrage de Gorenberg s’intitule The Accidental Empire: Israel and the Birth of the Settlements [L’empire accidentel : Israël et la naissance des colonies]. Pour Gorenberg, “ce titre signifie que les dirigeants travaillistes n’avaient peut-être pas de programme établi pour conserver les territoires conquis, mais que, malgré l’absence de programme, dans leur ensemble, les décisions qu’ils ont prises ont fait système et fini par édifier ‘l’empire israélien’ dans les Territoires”. En mai 1977, lorsque le Likoud gagna les élections et que Menahem Begin devint Premier ministre, 80 implantations avaient déjà été construites dans les Territoires et 11 000 Israéliens y résidaient, auxquels il fallait ajouter quelque 40 000 Israéliens logés dans les nouveaux quartiers juifs construits autour de Jérusalem, au-delà de la Ligne verte.
Pour rédiger The Accidental Empire, Gorenberg ne s’est pas appuyé seulement sur les archives ou sur ses entretiens avec les acteurs de la première vague de colonisation, mais aussi sur des archives américaines et des entretiens avec d’anciens responsables du département d’Etat. C’est ce dernier matériau qui jette une lumière neuve sur un aspect rarement étudié dans la politique de colonisation. Pour Gorenberg, durant les premières années qui ont suivi la guerre des Six-Jours, l’administration américaine n’a jamais vraiment pris la mesure de cette politique de colonisation de peuplement. “Il y avait un fossé culturel que ne parvenaient pas à franchir les Américains. Ils ne connaissaient pas cette notion typiquement sioniste du fait accompli, une notion qui imprégnait toute la culture politique israélienne de cette époque. En conséquence, les Américains accordèrent davantage de signification au discours que leur tenait Abba Eban [ministre des Affaires étrangères] qu’à ce qui était en train de se passer concrètement à Hébron ou dans le Goush Etzion [bloc de colonies au sud de Jérusalem et autour de Bethléem].”

Les immeubles palestiniens rasés sans décision officielle

Ainsi, Kfar Etzion était une implantation civile, mais elle fut officiellement présentée aux Américains comme un poste militaire avancé répondant à des fins strictement défensives. Explications évasives, mais l’administration américaine s’en satisfaisait. Fin 1969, lors de la première visite officielle de Golda Meïr en tant que Premier ministre, le président Nixon reçut un mémo du secrétaire d’Etat William Rogers suggérant d’aborder prioritairement la question des implantations et d’expliquer qu’elles “nuisaient à l’image d’Israël”. Nixon a manifestement jugé que cette formule allait trop loin et il s’est abstenu d’aborder la question avec Golda Meïr. Le regard américain a commencé à changer après la guerre du Kippour [1973], quand ils ont compris que les colonies de peuplement implantées sur le plateau du Golan et dans la vallée du Jourdain court-circuitaient les accords intérimaires qu’ils tentaient de parrainer entre Israël, d’une part, la Syrie et la Jordanie, d’autre part.

“Beaucoup de mes sources israéliennes sont la plupart du temps incapables de dire quand a réellement débuté l’implantation de colonies de peuplement, explique Gorenberg. Certains disent que tout a commencé à Hébron, d’autres au Goush Etzion.” Mais, pour Gorenberg, l’histoire de la colonisation de peuplement a démarré le 19 juin 1967, lorsque l’armée israélienne a détruit les immeubles du quartier des Maghrébins [ou quartier Mograbi] à Jérusalem, sur le site de l’esplanade qui s’étend désormais face au mur des Lamentations, et chassé leurs habitants palestiniens. “C’est dès cet instant qu’a débuté la création de faits accomplis de l’autre côté de la Ligne verte. La destruction du quartier Mograbi était déjà caractéristique du futur modus operandi israélien dans les Territoires. Les immeubles palestiniens furent rasés sans décision officielle, sans procédure légale, c’est-à-dire d’une manière qui rendait difficile l’attribution des responsabilités. La destruction du quartier Mograbi rendait en fait compte de l’état d’esprit de dirigeants travaillistes convaincus que le statut futur des territoires conquis ne pouvait dépendre que des faits créés sur le terrain. Il en est allé de même lors de l’implantation de colonies sur le Golan (juillet 1967), dans le Goush Etzion (septembre 1967), dans la vallée du Jourdain (novembre 1967) et à Hébron (avril 1968). Les travaillistes savaient pertinemment qu’ils violaient le droit international. Ce qui ne les empêchait pas de pressentir que les faits créés sur le terrain risquaient de créer une réalité coloniale et binationale dont Israël aurait beaucoup de mal à s’extirper. Ce que Lévy Eshkol résumait à sa façon : ‘La mariée [les Territoires] est vraiment attirante, mais je ne veux pas de sa dot [les Palestiniens]’.”
Pourquoi les travaillistes ont-ils alors suivi cette voie ? “Parce que, répond Gorenberg, tous ces dirigeants d’un mouvement travailliste vieillissant se sont crus revenus à leur âge d’or, au temps du mandat britannique sur la Palestine, lorsque l’Etat juif n’existait pas encore et que les travaillistes tentaient de le bâtir en multipliant les faits accomplis. Tous les ministres israéliens de l’époque se sont sentis dans l’obligation de soutenir l’entreprise de colonisation, où qu’elle se fasse, les uns dans la vallée du Jourdain, les autres à Hébron, les autres enfin, comme Pinhas Sapir, une colombe notoire, sur le Golan.”
Cette attitude avait évidemment des racines politiques. La plupart des dirigeants issus de l’Ahdout Ha’Avoda [Unité du travail, branche “activiste” du mouvement travailliste] adhéraient à l’idée du Grand Israël. Une autre tendance du Parti travailliste, menée par Shimon Pérès et Moshé Dayan, prônait également une domination permanente d’Israël sur la Cisjordanie. Ces derniers menacèrent plusieurs fois de quitter le Parti travailliste pour rejoindre le Likoud.
Désormais, ceux qui, après la guerre des Six-Jours, s’étaient abstenus de faire de la Ligne verte la frontière souveraine d’Israël ne pouvaient qu’éprouver toutes les peines du monde à expliquer que coloniser Samarie et Hébron violait le droit international. Ceux qui avaient détruit le quartier Mograbi, expulsé les bédouins de Rafah, soutenu la colonisation d’Hébron et encouragé la création d’Ofra ne pouvaient plus que passer pour des hypocrites en demandant au Bloc de la foi de respecter la loi.

Arieh Dayan
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Tom Segev : “Nous sommes toujours en 1967”

L’historien israélien, auteur d’un ouvrage majeur sur la guerre des Six-Jours*, explique pourquoi la paix n’est pas pour demain.

En étudiant les archives, avez-vous fait des découvertes d’importance sur cette période clé ?
TOM SEGEV Mon ouvrage se fonde sur des documents jusqu’alors inaccessibles, comptes rendus de rencontres ministérielles, mémos internes, etc. Autant de sources qui, pour la plupart, ne sont toujours pas disponibles dans les archives officielles – et ce bien qu’Israël ait une politique assez ouverte en matière d’archives. Il arrive que des responsables israéliens emportent chez eux des documents secrets et ne les restituent jamais. La qualité d’un historien israélien se mesure donc souvent à sa capacité à retrouver les veuves de ces acteurs politiques ! J’ai eu moi-même de la chance à cet égard, car beaucoup d’informations que vous pouvez lire dans cet ouvrage n’ont jamais été publiées. Je me suis également adressé à des Israéliens expatriés depuis de nombreuses années, pour la plupart aux Etats-Unis, et leur ai demandé de chercher les lettres qu’ils avaient reçues de leurs amis et de leurs proches qui se sont installés en Israël en 1967-1968. J’ai réussi à en rassembler près de 500, et ce sont des sources fondamentales.

Vous insistez sur la responsabilité des travaillistes dans la colonisation, puis dans l’essor de l’extrême droite religieuse. L’arrivée d’un personnage comme le rabbin Levinger [extrême droite religieuse] étonne dans l’Israël de la fin des années 1960…
C’est vrai. C’est comme si 1967 marquait la fin du sionisme travailliste et l’avènement d’une nouvelle ère nationale et religieuse. La décennie qui suit, jusqu’à l’arrivée de Begin au poste de Premier ministre, en 1977, guerre du Kippour comprise, fut une ère de déclin pour le mouvement travailliste.

Quelle conséquence eut la guerre des Six-Jours dans la société israélienne ?
La guerre a marqué la victoire des sabras [Juifs nés en Israël] sur les “vieux juifs” [rescapés de l’Holocauste] – celle de Yitzhak Rabin sur Levi Eshkol, si vous voulez. Mais la guerre a aussi sonné la fin de la fracture générationnelle : pour un temps, du moins, tout le monde a ressenti une sorte d’unité israélo-juive. C’est le sens de l’image de ces soldats nés en Israël pleurant devant le mur des Lamentations.

Dans quelle mesure le conflit de 1967 a-t-il contribué à l’affirmation progressive des mizrahim [Juifs orientaux] dans la société israélienne ?
Il faut souligner avant tout que les améliorations économiques qui suivirent la guerre ont bénéficié aux mizrahim. De plus, l’ajout de population palestinienne les a fait progresser dans la hiérarchie sociale : avec les Palestiniens, ils n’étaient plus à l’échelon le plus bas de la société. Leur héros politique, Begin, avait intégré le gouvernement, et c’était en quelque sorte leur victoire. Beaucoup de Juifs orientaux se sont identifiés au nouveau patriotisme religieux et ainsi, pour la première fois, ont eu le sentiment de faire partie intégrante de la vie nationale israélienne.

Certains observateurs estimaient que les Six-Jours avaient eu une conséquence positive : celle de forcer Israéliens et Palestiniens à se regarder et à préparer la reconnaissance mutuelle officielle de 1993.
C’est une idée qui pouvait être valable en 1993. Malheureusement, depuis 1967, nous n’avons pas progressé d’un pouce vers la paix avec les Palestiniens. Nous n’avons absolument rien gagné à occuper la Cisjordanie et Gaza. A mon avis, nous sommes toujours en 1967 : même problème, mêmes débats. C’est pourquoi je considère 1967 comme “l’année la plus longue” de notre histoire. J’appartiens à une génération qui croyait à la paix. Rétrospectivement, je trouve que nous (dans ce “nous”, j’inclus le mouvement pacifiste) ne méritons pas tellement d’éloges. La différence entre nous et la nouvelle génération d’Israéliens, c’est que les jeunes ne croient plus à la paix. C’est une génération plus pragmatique et moins idéaliste, qui croit en la gestion du conflit – tout comme moi d’ailleurs. La paix n’est sans doute pas un objectif accessible dans un futur raisonnable, mais peut-être la prochaine génération saura-t-elle rendre la vie plus supportable.

La société israélienne est-elle prête à une large évacuation de la Cisjordanie ?
Non, je ne le pense pas.

* 1967, six jours qui ont changé le monde, Denoël, 2007
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Une occupation courte, croyait-on

Un entretien avec l’historien Mahdi Abdul Hadi, directeur de PASSIA, une organisation palestinienne pour les affaires internationales.

Quelles sont les raisons principales qui, en 1967, ont conduit à la guerre ?

MAHDI ABDUL HADI Le président égyptien Nasser s’est trouvé entraîné dans ce conflit militaire à cause des rapports inquiets de Moscou concernant les combats à la frontière israélo-syrienne (dès avril 1967, un affrontement aérien avait entraîné la destruction de six avions de combat Mig syriens). Nasser voulait simplement montrer à Israël qu’il entendait défendre la Syrie et qu’il n’avait pas peur d’une confrontation avec l’Etat hébreu.

Pourquoi les Palestiniens sont-ils absents de cette guerre alors qu’elle a lieu principalement sur leur territoire ?
Les Palestiniens n’ont pas été pas absents de la guerre des Six-Jours : en Cisjordanie, ils ont soutenu et encouragé le roi Hussein à signer le Pacte de défense arabe avec Nasser, le 30 mai 1967. Les Palestiniens demandaient des armes au gouvernement jordanien. Ceux de Gaza vivaient sous la férule égyptienne et soutenaient la politique de Nasser.

Quelle a été la vie des Palestiniens dans les années qui ont suivi cette guerre ?
La première réaction des Palestiniens à l’occupation militaire de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est entre 1967 et 1970 a été de ne pas coopérer. Le choc de la défaite, la peur de l’inconnu et le fait que l’exercice du pouvoir à l’époque était assuré par des notables locaux dépourvus d’autorité, mal à l’aise avec la toute nouvelle OLP et avec la Jordanie, les ont conduits à cette stratégie. Les Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur mettaient tous leurs espoirs dans le sommet arabe de Khartoum, qui voulait “éliminer toute trace d’agression”, ce qui excluait toute reconnaissance de l’Etat d’Israël, toute négociation ou accord avec Israël. La résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU [qui demandait en 1967 le retrait des troupes israéliennes des Territoires occupés], suscitait également beaucoup d’espoir. Cette stratégie de non-coopération a eu pour conséquence une paralysie de la société palestinienne, avec la fermeture des écoles, des universités et des tribunaux. Tous espéraient que cette occupation serait de courte durée.

La société palestinienne se montre-t-elle critique à l’égard de l’OLP d’Arafat ?
Si l’on veut analyser le rôle d’Arafat en quarante ans d’occupation israélienne ou depuis la création de l’Etat d’Israël, il est très important de faire la distinction entre plusieurs étapes.
Dans les années 1950 et 1960, dans les pays arabes qui les hébergeaient, les Palestiniens étaient considérés comme des réfugiés. Arafat a mis en place, dans les camps de réfugiés, les premiers groupes de fedayin. Dans les années 1970 et 1980, il a mené de front plusieurs combats pour survivre en tant que leader de l’OLP. Sur le front arabe, il agissait comme le chef d’un mini-Etat au sein d’un Etat, comme au Liban de 1975 à 1982.
Sur le front israélien et dans les Territoires occupés, la position de la société palestinienne était la suivante : si l’OLP nous libère [de la présence israélienne], alors nous irons à Jéricho et nous les accueillerons avec des bravos comme nos dignes représentants ; mais si on trouve une solution pacifique, alors c’est nous, Palestiniens de l’intérieur, qui mériterons d’être les leaders du pays, et non eux.
Après l’Intifada et les accords d’Oslo de 1993, l’OLP a essayé de contenir le pouvoir palestinien de l’intérieur. Et les dirigeants palestiniens de l’intérieur ont montré trop de loyauté envers l’OLP. De 1994 à 2004, Arafat a mis en place quelque chose qui ressemblait à un régime arabe, ce qui donnait un double sentiment : le matin, Arafat apparaissait comme une figure historique de la cause palestinienne. Le soir, il était un vieillard affaibli et corrompu n’hésitant pas à acheter des loyautés.

Quarante ans après cette guerre, le projet de paix élaboré à Riyad peut-il apporter un espoir de solution ?
Le plan de paix saoudien a été ratifié par tous les dirigeants arabes (à l’exception de la Libye de Kadhafi) et par tous les grands pays islamiques. Il apparaît après quarante années d’occupation israélienne. Disons qu’il a été envoyé à la mauvaise adresse et aux mauvais destinataires. Les deux camps en présence, israélien et palestinien, sont divisés et ont perdu l’initiative. Ce qu’il faudrait en Israël et dans les Territoires occupés, ce sont deux meneurs d’hommes qui seraient des héros.

Ces dix dernières années est apparue une nouvelle génération d’historiens israéliens. Y a-t-il un mouvement similaire chez les universitaires palestiniens ?
Les rares universitaires palestiniens en Europe et aux Etats-Unis qui travaillent sur cette période sont beaucoup moins médiatisés que leurs homologues israéliens. Les Palestiniens dans les Territoires occupés étaient et sont toujours trop occupés par leur vie quotidienne. Ils concentrent donc leurs efforts sur un travail d’archives. Oui, il existe une “nouvelle approche” de l’histoire du conflit, mais les universitaires comme le Pr Rachid Khalidi et feu Edward Said sont rares.
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Nous autres, Arabes israéliens…

Ils sont aujourd’hui 1 250 000 Arabes citoyens d’Israël. Une communauté dotée d’une grande vitalité politique.


La minorité de Palestiniens restés dans leurs villes et villages sur le territoire israélien [après 1948] ont dû se battre contre les tentatives d’effacer leur identité et ont réussi à la préserver. Victimes de discriminations, ils ont réussi à développer une vie culturelle, artistique, littéraire et politique. En butte à toutes sortes de tracasseries, ils disposent aujourd’hui de partis politiques et de journaux, jouissent de la liberté d’expression et peuvent mener des combats politiques contre toutes les formes d’injustice.
Dernièrement, l’université de Tel-Aviv a commandé une étude à un institut de sondages installé à Nazareth pour mieux cerner les idées et opinions de ces Arabes israéliens. Les résultats sont étonnants et traduisent l’écart qu’il peut y avoir entre [les représentations qu’on se fait à l’extérieur] et la réalité telle qu’elle est vécue par les premiers concernés.
Seulement 9,4 % des Arabes israéliens sont favorables à l’idée d’un Etat binational [un seul Etat sur toute la Palestine historique]. En revanche, 25,5 % sont attachés au principe de deux Etats pour deux peuples. Selon l’université de Tel-Aviv, ce sont même 83,3 % qui sont favorables, à divers degrés, à une solution de deux Etats, c’est-à-dire à l’établissement d’un Etat palestinien à côté d’Israël. Voilà qui dément les accusations des Israéliens qui pensent que les Palestiniens souhaitent la disparition de leur pays. D’autres chiffres vont dans ce sens : 60 % des Arabes comptent participer aux prochaines élections israéliennes et 38,7 % souhaitent qu’Israël soit l’Etat de tous ses citoyens sur une base d’égalité.
Il faut ajouter que 75 % des sondés se plaignent de discriminations dans la vie de tous les jours, notamment à l’embauche ; ils sont 16,3 % à penser que le combat contre ces discriminations doit être mené politiquement, par des manifestations, des pressions populaires sur le gouvernement, un travail parlementaire et des procès devant la Cour suprême. Et cela alors que leur marginalisation dans la vie publique est systématique et qu’ils ont de bonnes raisons de considérer que la démocratie israélienne est accommodante pour les Juifs et restrictive, voire factice, pour les Arabes.
En revanche, 28 % des Arabes israéliens estiment que les relations avec leurs compatriotes juifs se sont dégradées ces dix dernières années. Ils expliquent cela par l’aggravation du conflit israélo-arabe, mais aussi par la progression des idées “transféristes”, selon lesquelles il faudrait faire d’Israël un pays purement juif en transférant les Arabes vers la Cisjordanie et Gaza. Ce genre d’idées est professé par Avigdor Liberman par exemple, qui considère les Palestiniens comme des étrangers alors que lui-même est un immigré de Russie. [Il est le chef du parti d’extrême droite russophone et xénophobe Beiteinou.]
Ainsi, les Arabes d’Israël ont longtemps été traités comme si leur présence devait être temporaire. Il est incontestablement difficile de vivre dans un pays qui est en guerre avec un peuple dont on est partie intégrante. Leur sensibilité est donc à fleur de peau. Il n’empêche que 87 % disent qu’il faut œuvrer à l’amélioration des relations judéo-arabes sur une base d’égalité et de respect mutuel.
Finalement, notons l’évolution démographique des Arabes israéliens. Ils n’étaient que 160 000 en 1948 ; ils sont aujourd’hui 1 250 000. Et, parmi eux, on constate l’émergence d’une vraie classe moyenne de médecins, d’avocats, de juges, d’entrepreneurs, etc. De même, l’éducation supérieure et l’emploi des femmes ont fait un bond en avant. Autrement dit, nous sommes passés d’une vie rurale et agricole à une société moderne, dynamique et animée par une grande vitalité politique.

Salem Jubran
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MÉFIANCE • Une cinquième colonne ?

Les Arabes israéliens ont récemment fêté la Journée de la terre. Cet événement commémore un jour de 1976 où des milliers de personnes s’étaient mises en grève et avaient manifesté contre l’intention du gouvernement d’exproprier des terres arabes dans le nord d’Israël pour y installer des communautés juives. Six Arabes avaient été tués lors de la manifestation. Dans l’esprit de la majorité des Juifs, la Journée de la terre est une tempête émotionnelle sans fondement et sans motif. Avec des reportages superficiels à la télévision, on renforce l’impression que les citoyens arabes sont déconnectés de l’Etat.
L’autre occasion publique qu’ont les Juifs de s’exprimer au sujet des Arabes, ce sont les nombreuses déclarations des politiques israéliens, qui présentent ceux-ci comme une menace pour le pays. Cette année, la Journée de la terre a eu lieu alors que plusieurs documents écrits par des Arabes israéliens critiquaient violemment l’Etat, mais présentaient aussi des propositions concrètes pour instaurer un pacte concernant les relations entre l’Etat et ses ressortissants arabes. Ces textes ont été perçus comme une menace. Pour les services de sécurité israéliens, les Arabes d’Israël sont une “menace stratégique”. Chaque fois que les Arabes expriment des critiques peu flatteuses envers la politique israélienne, chaque fois qu’est abordée la question des relations entre l’Etat et ses ressortissants arabes, nombre de leaders israéliens adoptent la rhétorique de l’“extermination” [des Juifs par les Arabes]. Le terme n’est pas anodin : il fait référence à l’événement le plus douloureux de la mémoire collective juive et est chargé de connotations difficiles. Ce discours et le mythe de la “menace” servent à rejeter toute critique. Il fait que les Arabes sont perçus comme des “ennemis” et qu’il apparaît comme légitime de poursuivre une politique hostile à leur égard, au lieu de rechercher un terrain d’entente. Faute de contact direct, les Juifs n’ont à leur disposition que les stéréotypes véhiculés par les médias, qui sont très difficiles à réfuter. Et, comme dans l’histoire de la poule et de l’œuf, les Arabes, de plus en plus marginalisés, se détachent naturellement de leur pays de résidence.

Abir Kopty
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INGERÉNCES • Faut-il pousser chaque Juif à se méfier de nous ?

Depuis la création de l’Etat d’Israël, en 1948, et jusqu’à la guerre de 1967, les Arabes israéliens ont été totalement coupés du reste du monde arabe. Quand l’un d’entre eux croisait des “frères arabes” à l’étranger, lors d’un colloque international, par exemple, il avait de fortes chances de se heurter à leur refus de lui parler. Depuis, les choses ont bien changé et, aujourd’hui, nous souffrons au contraire d’un excès d’ingérence de la part des régimes arabes et des Palestiniens des Territoires occupés [Cisjordanie et Gaza]. Ils cherchent à nous imposer leurs priorités, souvent étrangères aux nôtres. Cela creuse le fossé qui nous sépare des Israéliens juifs et amenuise le rôle politique, culturel et social que nous pouvons jouer au sein de la société israélienne. Certains d’entre nous en sont arrivés à penser qu’il faut rejeter la citoyenneté israélienne pour gagner ses galons de patriotisme palestinien.
Cela nous amène à dire aussi clairement que possible que nous restons attachés à la ligne définie par Yasser Arafat pour résoudre le conflit israélo-palestinien, c’est-à-dire une paix des braves entre nos deux peuples vivant dans deux Etats. Dans cette perspective de fin de l’occupation, la partie du peuple palestinien qui s’est retrouvée à l’intérieur du territoire israélien a un rôle particulier à jouer. Il consiste d’une part à combattre les injustices, les discriminations et les expropriations de terrains, d’autre part à maintenir le dialogue avec les Israéliens juifs épris de paix et opposés à l’occupation, autrement dit avec les progressistes et les forces de la raison. Car la question est de savoir comment nous rendre utiles. L’héroïsme consiste-t-il à pousser chaque Juif à se méfier de nous ? Ou bien à nouer des alliances et à mener des combats communs pour la justice et la paix ?

Salem Jubran
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“Nous aussi avons menti pour survivre”

Parler du comportement des soldats israéliens en Cisjordanie provoque toujours de vives réactions, même devant une assistance de gauche.


Un soir, des membres de la bonne société de Jérusalem étaient réunis pour écouter le témoignage d’un soldat israélien ébranlé par ses propres agissements et par ceux d’autres militaires en Cisjordanie occupée. Située pour l’essentiel sur la gauche du large spectre politique israélien, l’assistance écoute attentivement ce que Mikhael Manekin, 27 ans, a à dire sur ses quatre ans de service dans la brigade Golani en Cisjordanie.
Manekin et ses collègues étaient en poste aux check-points autour d’Hébron et de Naplouse, chargés de surveiller les mouvements des Palestiniens afin de veiller à ce que des kamikazes ne pénètrent pas dans les villes israéliennes. Les check-points, à l’instar de la barrière de sécurité, font partie de ce vaste réseau qui doit protéger Israël mais qui perturbe profondément le quotidien des Palestiniens ordinaires, qui n’ont pas l’intention de porter une ceinture d’explosifs.
Mikhael Manekin, qui était lieutenant, dirige aujourd’hui Breaking the Silence [Briser le silence], un groupement d’anciens soldats qui, choqués par leurs propres méfaits et par ceux d’autres militaires, se sont unis pour rassembler leurs récits et témoigner. Depuis 2004, ce collectif a centralisé les témoignages de près de 400 militaires. Ce soir-là, il raconte que certains soldats humilient ou frappent des Palestiniens pour maintenir l’ordre dans les foules, qu’on leur apprend à être agressifs, mais que la plupart ne franchissent pas les limites d’une certaine morale.
“Je ne pense pas que ce soit le problème de l’armée, nuance-t-il. C’est le problème de toute la société. Il ne suffit pas de dire que le terrorisme palestinien est une réalité. C’est vrai, mais c’est trop facile.”
Les propos de Mikhael Manekin ont provoqué un malaise dans cette assistance réunie au centre Yakar, fondé en 1992 pour promouvoir le dialogue entre les Israéliens et leurs voisins. Depuis la guerre du Liban de l’été 2006, les Israéliens sont moroses, déçus tant par l’action de leur gouvernement que par celle de leur armée. Bien que les critiques contre Tsahal soient bien tolérées dans la démocratie israélienne, Breaking the Silence suscite de vives réactions.

Nous voulons être plus beaux que ce que nous sommes

Un homme se lève : pour lui, Manekin et ses semblables font du tort à Israël, en particulier à son image à l’étranger, dans le seul but de soulager leurs consciences. Nombre d’autres auditeurs opinent du chef. Grand, très digne, ce quadragénaire précise que lui aussi a servi en Cisjordanie : “Et je suis fier ce que j’y ai fait pour défendre les Israéliens.” Pour maintenir le calme, affirme-t-il, la voix légèrement tremblante, il est essentiel d’intimider les gens aux check-points,“car nous sommes très peu et eux sont si nombreux. Ces gens ne sont pas comme nous ! s’enflamme-t-il. Ils nous mentent de façon éhontée !”
C’en est trop pour Uriel Simon, 77 ans, professeur en études bibliques à l’université Bar-Ilan, à Tel-Aviv, et homme pieux connu pour son pacifisme. “Pour ce qui est des menteurs…”, réplique-t-il. Puis, après une pause : “Mon père était un menteur. Mon grand-père était un menteur. Comment avons-nous franchi les obstacles pour arriver dans ce pays, sinon en mentant ? Nous sommes restés en vie grâce au mensonge. Nous avons menti aux Russes, aux Allemands, aux Britanniques ! Nous avons menti pour survivre !” Quant aux Palestiniens, poursuit Uriel Simon, “bien sûr qu’ils mentent ! Tout le monde ment à un check-point ! Nous aussi, nous avons menti aux check-points.”
Beaucoup de Juifs ont fui une Europe hostile, a-t-il rappelé. Son père, Ernst Simon, cofondateur dès 1926, avec le philosophe Martin Buber, du mouvement pacifiste Brit Shalom, était originaire d’Allemagne. “Les Américains détestent les menteurs, déclare Uriel Simon. Mais nous sommes venus d’Europe, ce continent qui a donné naissance aussi bien au fascisme qu’au communisme.” Tout le monde a peur des miroirs, assène-t-il en ajustant sa kippa brodée sur ce qui lui reste de cheveux blancs. “Nous détestons les miroirs. Nous ne voulons pas nous regarder. On n’aime pas les photos de soi et on dit : ‘Oh, ça ne me ressemble pas beaucoup !’ Nous voulons être plus beaux que ce que nous sommes, mais nous devons regarder dans le miroir avec honnêteté.”
L’armée est une composante essentielle d’Israël, et les problèmes sont complexes, analyse Uriel Simon. Au début de la dernière guerre avec le Liban, comme au début de toute guerre, y compris l’Irak, “il règne une sorte d’euphorie née d’une foi quasi irrationnelle dans la force, de la croyance que tout peut être tranché par le glaive”. L’euphorie est d’autant plus forte lorsque, comme Israël, “vous disposez d’une si grande puissance inexploitée que, tout à coup, vous pouvez utiliser”. Mais l’euphorie est toujours de courte durée, rappelle le vieux pacifiste. “Qui ira sauver ce petit Etat ? se demande tout haut Uriel Simon. Les Nations unies ? La bonne volonté des Américains ? Nous pourrions être envahis dix fois avant que les Etats-Unis ne réagissent, si tant est qu’ils aient la volonté de réagir.”
A la fin de la soirée, Uriel Simon nous a dit qu’il était allé parler avec l’homme qui s’était mis en colère. “Il m’a dit : ‘Vous ne me croirez peut-être pas, mais je suis d’accord avec 90 % de ce que vous avez dit’. Ce qui montre simplement combien sa confusion est grande”, sourit Uriel Simon.

Steven Erlanger
The New York Times
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Oublier le Moyen-Orient

Une idée fait son chemin parmi les néoconservateurs américains : abandonner la région à son sort, car elle ne représente pas une menace à l’échelle planétaire.


L’intellectuel et historien américain Edward Luttwak est un proche des néoconservateurs, même s’il ne fait pas partie du noyau dur du mouvement. Ses prospectives sont quelquefois surprenantes. Dans un article paru récemment, intitulé “The Middle of Nowhere” (Le milieu de nulle part) par allusion au Middle East (Moyen-Orient), Luttwak appelle à oublier le Moyen-Orient parce que, selon lui, les “sociétés sous-développées doivent être laissées à elles-mêmes”. Pour lui, l’appel à l’ingérence internationale pour trouver une solution au conflit arabo-israélien n’est pas le bon choix. Quel danger, se demande l’historien, pourraient courir le monde occidental et la sécurité internationale si ce conflit se poursuivait alors qu’il n’a provoqué depuis son déclenchement, en 1921, que 100 000 victimes, soit autant que le conflit au Darfour en une seule saison ? Du point de vue stratégique, ce conflit est sans incidence sur d’autres, comme ceux qui ensanglantent l’Algérie et l’Irak, ou ceux qui opposent musulmans et hindous au Cachemire, ou musulmans et Russes en Tchétchénie.
Quant à la fameuse “arme” que représenterait le pétrole, la seule fois où elle a servi remonte à 1973. Depuis des décennies, on a cessé d’associer pétrole et politique, tant la stratégie de l’embargo s’est révélée catastrophique pour l’économie des pays producteurs. Les guerres du Golfe, ainsi que les deux Intifada palestiniennes, n’ont eu aucun impact négatif sur l’Occident. Le Moyen-Orient assure actuellement moins de 30 % de la production énergétique mondiale au lieu d’environ 40 % en 1974-1975. En 2005, seulement 17 % des importations américaines de pétrole provenaient du Golfe, contre 28 % en 1975, et ce pourcentage est appelé à diminuer de trois quarts d’ici à 2025.

La puissance accumulée gêne plus qu’elle n’inquiète

Vient ensuite le “syndrome Mussolini”, l’illusion entretenue par l’Italie, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, d’être à la tête d’une impressionnante armée, laquelle a surpris par sa médiocrité une fois la guerre déclarée. Ce syndrome a été activé une première fois avec le président égyptien Nasser, dont on avait surestimé l’armée avant qu’elle ne s’effondre lamentablement en 1967. Le même scénario s’est reproduit, de façon plus dramatique encore, avec Saddam Hussein. Ceux qui le remettent actuellement en œuvre en Iran perdent de vue le fait que les sociétés sous-développées peuvent mener des insurrections remarquables, mais sont incapables de produire des forces militaires modernes.
La plupart des navires de guerre de l’Iran datent de plus de trente ans, et ses avions – majoritairement des F4, des Mirage ou des F5, ainsi que des F14 – n’ont plus volé depuis des années faute de pièces de rechange. Par ailleurs, qualifier d’“élite” la garde révolutionnaire iranienne n’est pas sans rappeler les appellations élogieuses dont on gratifiait la garde républicaine irakienne. Téhéran n’a mené qu’une seule guerre contre l’Irak, et l’a en définitive perdue. Quant à la prétendue défaite qu’il aurait infligée à Israël via le Hezbollah, le fait que le tiers des miliciens de ce parti aient péri durant les combats ainsi que le silence total observé par l’Iran au sujet de ce conflit discréditent totalement cette affirmation.
Modifié en dernier par sadko6666 le 04 juin 2007, 15:23, modifié 1 fois.
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par sadko6666
#1196187
Pour ce qui est du terrorisme, Luttwak estime que l’Iran ne doit pas inquiéter les Etats-Unis : les opérations terroristes dans lesquelles il était directement impliqué se sont limitées à celle de Khobar, en Arabie Saoudite [2004], aux deux attentats de Buenos Aires [1992 et 1994], ainsi qu’à quelques attentats en Europe… Une menace somme toute dérisoire, au vu de celles que l’Union soviétique et avant elle le nazisme faisaient planer sur l’Occident. L’auteur va plus loin en estimant que même un arsenal nucléaire iranien développé ne saurait, en dépit de la panique qu’il provoquerait, affecter qualitativement l’équilibre international. L’idée que la société iranienne soutient à l’unanimité son programme nucléaire relève de la pure spéculation. Il suffit de voir que l’ethnie perse ne représente que 51 % de la population, le reste étant composé d’Azéris, de Kurdes et d’Arabes dont la majorité contestent le régime actuel.
La puissance dont dispose cette région gêne plus qu’elle n’inquiète. L’usage de la force avec elle n’est pas de mise. Pour moult raisons culturelles, religieuses et historiques, ses populations ne se soumettront pas en cas de défaite. Pour des raisons similaires, une politique de modération avec les Arabes n’est pas garante de leur ralliement aux Etats-Unis. Et Luttwak de conclure qu’il faut laisser cette région tranquille, le temps qu’elle fasse la paix avec elle-même et qu’elle cesse d’être prisonnière de son passé…
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Comme des Indiens dans leur réserve

Dans la Ville sainte, les Juifs laïcs, minoritaires, doivent affronter les ultrareligieux, souvent hostiles. Témoignage.


Albert Kattan, un Arabe chrétien, vivait dans la partie occidentale de Jérusalem jusqu’en 1948, année où la nouvelle ville fut conquise par Israël. Il m’a un jour expliqué qu’à la fin de l’année 1947 [pendant la guerre civile israélo-palestinienne consécutive au plan de partition de la Palestine voté par l’ONU], les Arabes vivant dans les quartiers à majorité juive de Jérusalem avaient mis au point un réseau artisanal de “téléphonie” en tendant des cordes entre les fenêtres de leurs immeubles. Le “réseau” se mettait à vibrer pour avertir les voisins dès que des miliciens juifs entraient dans les maisons pour en expulser leurs habitants arabes.
En déambulant dans les rues de Jérusalem, ma ville, j’ai plus d’une fois eu l’occasion de me rappeler ce récit d’Albert Kattan, tant j’ai l’impression de faire désormais partie d’un groupe minoritaire noyé dans la majorité. Certes, des joyaux comme les hôtels YMCA ou King David, les édifices officiels et les murailles de la Vieille Ville sont restés intacts. Mais le caractère de Jérusalem, jadis modeste, s’est profondément transformé durant les quarante années qui se sont écoulées depuis sa réunification.
Jérusalem s’est changée en une ville dont la vacuité est remplie par des cérémonies et des déclarations, et en un foyer de haine et d’agressivité. Alors que l’on célèbre le “jour de Jérusalem”, de nouvelles statistiques viennent souligner le nombre d’habitants qui fuient cette ville et le nombre de Juifs, d’Arabes et de haredim [ultraorthodoxes] qui y restent. Qui plus que nous, dont les enfants ont quitté Jérusalem, est conscient de l’exode qui frappe cette ville ?
Tout est bon pour consolider et garantir la majorité juive de Jérusalem, d’une profession de foi en l’“unité éternelle” de la ville à des propositions visant à annexer à la capitale Mevasseret Tzion [un faubourg israélien à l’ouest de la ville], voire Maaleh Adoumim [une colonie urbaine israélienne à l’est de la ville]. De ces envolées lyriques et de ces solutions miracles ressort le sentiment diffus que peu d’Israéliens parmi ceux qui vivaient à Jérusalem à la génération précédente y sont restés et que ces derniers ne sont plus que les reliques d’un monde juif laïc qui y fut jadis majoritaire. Ce monde laïc, c’étaient les supporters de l’Ha’Poël [club de football “travailliste”] ou de Katamon ; c’étaient aussi les scouts et les militants de l’Hashomer Hatzaïr
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Mais nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes. Nos enfants se moquent de nous et nos amis de la Plaine [bande côtière de Haïfa à Tel-Aviv] nous demandent sans cesse quand nous allons enfin quitter cette ville déprimante. Les membres de mon groupe en arrivent à développer les réflexes typiques des minoritaires, en adoptant une attitude prudente lorsque nous traversons des quartiers ultraorthodoxes aussi “hostiles” que la partie arabe de la ville et où il n’est pas rare d’essuyer des jets de pierres. Et gare à celui qui s’approche trop du stade Teddy pendant un match du Bétar [club de football lié à la droite ultranationaliste].
La discrétion et le camouflage sont les caractéristiques les plus marquantes des groupes minoritaires de Jérusalem : parler à son interlocuteur dans sa langue à lui et ne pas trop la ramener, de peur d’être pris pour une cible légitime. Il n’est pas possible de prendre au sérieux toutes ces déclarations enflammées qui nous rappellent l’importance historique de cette ville. Car nous sommes les derniers des Mohicans, les derniers laïcs de Jérusalem. Si nous n’avons pas encore été envoyés dans des réserves comme les Indiens d’Amérique, c’est sans doute parce que nous sentons que notre devoir est de tenir bon, quoi qu’il advienne.
L’important pour nous, c’est de ne pas nous effrayer des statistiques qui nous promettent une majorité arabe sous peu. C’est aussi de ne pas davantage être révulsés par la perspective d’une prochaine majorité ultraorthodoxe, tout simplement parce que nous sentons que nous sommes déjà une minorité. Nous tenons bon pour témoigner, pour rappeler aux générations futures ce qu’il est advenu de cette ville.

Yehuda Litan
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IMPASSE • Les Palestiniens de Jérusalem ne sont pas à la fête

Au moment où les Israéliens célèbrent bruyamment l’anniversaire de la “réunification” de Jérusalem, les Palestiniens voient la ville leur échapper et les combats interpalestiniens s’intensifier.


Les Israéliens viennent de fêter le quarantième anniversaire de leur “jour de Jérusalem” célébrant l’“unification” de la capitale. Ce jour-là, les drapeaux israéliens flottent dans toute la ville – illégalement occupée –, et le vieux Jérusalem-Est, à dominance palestinienne, est envahi par des hordes de colons israéliens, débordant de fierté juive, qui dansent et chantent leur glorieuse capture de la ville en 1967.
Cette fête a lieu tous les ans. La police israélienne coupe la circulation autour de la ville, tandis que les Palestiniens se préparent à une longue soirée qui résonnera de l’enthousiasme bruyant et belliciste d’Israéliens prenant d’assaut les petites rues étroites et pavées de la ville, dansant, hurlant des chants provocateurs, cognant à la porte des résidents palestiniens et accrochant des drapeaux israéliens là où ils ne sont pas les bienvenus.
Israël a beaucoup de choses à fêter ces derniers temps. Non seulement les Israéliens se sont assuré d’une emprise solide sur la ville de Jérusalem, qu’ils occupent depuis la guerre de 1967 et qu’ils ont annexée unilatéralement en 1981, mais ils continuent, dans les faits, à systématiquement éloigner davantage les Palestiniens de leur objectif de faire de Jérusalem-Est la capitale d’un futur Etat palestinien. Si la politique de colonisation israélienne s’est poursuivie sur le même rythme depuis 1967, elle a récemment pris un tour plus agressif. En mai, les autorités israéliennes ont annoncé leur intention d’implanter trois nouvelles colonies – soit 20 000 nouvelles habitations illégales – en bordure de Jérusalem-Est. Ce genre d’initiative, ajouté aux mesures discriminatoires envers les Palestiniens, comme la construction du mur ou les lois kafkaïennes sur le regroupement familial [empêchant le regroupement familial entre Palestiniens], limite sévèrement la présence arabe à Jérusalem.
On peut donc dire sans exagération que les Palestiniens vont devoir soulever des montagnes pour mettre fin à l’occupation des Territoires, et notamment de Jérusalem. Toutefois, les Israéliens ne sont pas les seuls à saboter les chances de voir naître un Etat palestinien. Les Palestiniens eux-mêmes sont empêtrés dans des luttes fratricides, insensées et destructrices, qui les ont ramenés très loin en arrière sur le chemin vers leur libération. Et, si nous continuons dans cette voie de l’autodestruction, Israël n’aura plus besoin de s’employer à anéantir la cause palestinienne comme il le fait depuis tant d’années. Nous y serons parvenus tout seuls.
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NAHUM BARNEA • Après l’angoisse, l’euphorie

Israël, journaliste, lauréat du prix Israël 2007


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
Lorsque la guerre des Six-Jours a éclaté, j’étais réserviste dans la brigade parachutiste qui allait combattre sur le front sud, dans le Sinaï, et gagner la fameuse bataille d’Umm Kutuf, sous le commandement d’Ariel Sharon. De mon point de vue, l’histoire de cette guerre a commencé par une longue période d’attente. On nous avait rappelés sous les drapeaux dès la mi-mai, après que le président égyptien Nasser eut annoncé la fermeture des détroits et le redéploiement des troupes égyptiennes dans le Sinaï. Ce fut alors une interminable période d’angoisse collective. Si le moral des soldats n’était pas au beau fixe, il était manifestement meilleur que chez ceux qui n’étaient plus en âge d’être sous les drapeaux et qui restaient à jamais marqués par le traumatisme de la Shoah. Ce qui entretenait le trouble, c’étaient les tensions évidentes entre les responsables militaires et un gouvernement qui donnait l’impression de ne pas agir. Le 5 juin, au premier jour de la guerre, notre implication dans les combats resta marginale. Mais, d’un coup, plongés dans les combats, nous fumes libérés de notre angoisse, même si cette libération s’accompagna de la nouvelle de la mort de nombreux de nos camarades dans les combats autour de Jérusalem. Dans cette guerre, j’ai aussi découvert un phénomène négatif : le pillage. Là où les gens étaient désarmés, où le tissu social était en lambeaux, les soldats prenaient tout ce qui leur tombait sous la main. Le cinquième jour de la guerre, nous sommes descendus en colonnes du plateau du Golan pour rejoindre Jérusalem en passant par la vallée du Jourdain. Il y régnait une chaleur étouffante. Et le spectacle qui s’est offert à nous était très dur. Des colonnes de réfugiés [palestiniens] marchaient vers l’est, en direction de la Jordanie. Lorsque nous avons traversé Jéricho, le commandant de notre bataillon nous a fait grimper sur une colline et, de là, nous avons pu voir les drapeaux blancs flotter autour de Ramallah, qui venait de se rendre et qui s’apprêtait à se livrer aux pilleurs. A ce moment, je me rappelle avoir pensé au récit biblique [de la conquête de Canaan] et au châtiment réservé aux pilleurs : on les extrayait de la troupe et on les brûlait vifs. De Jéricho, nous nous sommes ensuite rendus à Jérusalem, direction le mur occidental [des Lamentations], que nous allions voir pour la première fois de notre vie, comme dans un rêve. Mais les bulldozers israéliens avaient déjà commencé à raser le quartier arabe qui le jouxtait [le quartier des Maghrébins ou Mograbi]. Dès cet instant, je fus envahi par un sentiment d’aliénation et de désillusion.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
La guerre avait généré une euphorie inouïe. De nouveaux paysages s’offraient à nous : le Sinaï, le Golan, la vieille ville de Jérusalem et la Cisjordanie. Le contact avec les Palestiniens, en apparence réciproque, était une illusion : nous étions ivres d’un faux sentiment de domination, eux étaient sonnés. Comment ne pas nous enivrer, alors que les possibilités de l’Etat d’Israël semblaient illimitées ? C’est pourtant de cette ivresse qu’est né le conflit qui déchire la société israélienne depuis lors, le conflit qui oppose les apôtres du Grand Israël et ceux de la formule Territoires contre paix ; ceux qui croyaient que la guerre de 1967 soldait celle de 1948 et ceux qui pensaient qu’en 1948, le pays avait été partagé entre les deux peuples ; ceux qui voyaient dans les résultats de la guerre de 1967 un miracle messianique et ceux qui voyaient dans cette vision messianique un désastre ; ceux qui exigeaient d’entamer une colonisation de peuplement dans les nouveaux territoires et ceux qui voyaient dans les territoires nouvellement conquis une carte à jouer dans un marchandage avec le monde arabe. Cet orgueil insensé, la société israélienne allait le payer aux prix fort six ans plus tard. La “bénédiction de la victoire” de 1967 annonçait la “malédiction de la défaite” de 1973. Encore que. Ce n’est pas notre victoire de 1967 qui nous a fait envisager d’entrer dans un processus de compromis avec le monde arabe, mais bien la guerre de 1973, qui nous a amenés à nous dégriser de l’occupation.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Aujourd’hui, avec quarante ans de recul, il ne fait plus aucun doute que cette guerre et ses conséquences ont eu un impact immense sur ce qu’il est advenu d’Israël. L’occupation, qui semblait au début une mission relativement facile, a changé la société israélienne de fond en comble. Cette occupation en est devenue le problème central, tant d’un point de vue sécuritaire que moral. Au départ, le sentiment général était que nous avions conquis des territoires. Mais il s’est avéré, certes un peu tard, que nous avions conquis un peuple et que nous allions en payer le prix. Le cœur du problème, ce n’était pas la géographie mais la démographie. Et le terrorisme. Jusqu’à la guerre des Six-Jours, les Israéliens parlaient du conflit israélo-arabe. Pour nous, les Palestiniens n’en étaient pas parties prenantes. Ils étaient une simple plaie ouverte, qu’il était possible de cautériser en cas d’accord avec le monde arabe. La conquête de 1967 et les deux Intifadas ont replacé les Palestiniens au centre du conflit. Sans la guerre des Six-Jours, gageons que le nationalisme palestinien n’aurait jamais obtenu des succès aussi éclatants, à commencer par sa reconnaissance [par Israël]. L’accord conclu à Oslo [1993] fut même sur le point de paver la voie à la création de deux Etats entre le Jourdain et la Méditerranée. La question de savoir pourquoi ce processus a échoué reste ouverte. Mais il est difficile de ne pas s’entendre sur le constat suivant : les Palestiniens sont aujourd’hui embourbés dans quelque chose qui mêle occupation, autonomie, pouvoir terroriste et chaos interne. De leur côté, les Israéliens font du mieux qu’ils peuvent pour tourner le dos à la réalité du problème. Pour eux, au moment où le nucléaire iranien préoccupe les Israéliens bien davantage que le destin des Palestiniens, la boucle est pour ainsi dire bouclée : le conflit est en passe de redevenir régional. Quarante ans après la guerre des Six-Jours, ce qui prédomine, c’est un sentiment de gâchis. On peut disserter à l’infini sur la question de savoir si cette guerre a été une véritable occasion de paix. Si ce fut réellement le cas, alors l’impression d’une occasion manquée n’en est que plus cruelle.
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LEILA SHAHID • Un défaut de modernité

Palestine, déléguée générale de Palestine auprès de l’UE, de la Belgique et du Luxembourg


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
J’ai un souvenir extrêmement précis du 5 juin 1967. A Beyrouth, mes amies et moi avions consacré tout le mois de mai à une retraite dans la montagne pour préparer les épreuves du bac. Le matin du 5 juin, nous avons entendu la radio libanaise annoncer le déclenchement de la guerre. Comme des adolescentes (que nous étions), nous avons sauté de joie ! Les épreuves étaient reportées et ça nous laissait davantage de temps pour réviser. Nous étions persuadées que trois armées arabes réunies ne pouvaient que battre Israël. Six jours plus tard, le bac était oublié. Non seulement Israël avait vaincu les armées arabes, mais il occupait le Golan, le Sinaï, ainsi que la Cisjordanie, Gaza et – ce qui m’était personnellement douloureux – Jérusalem-Est. Je suis née en 1949 dans une famille palestinienne dont la branche maternelle fut exilée au Liban par les Britanniques en 1936, après la répression de la révolte arabe de Palestine. Ma mère avait grandi à Musrara, un quartier de Jérusalem conquis par Israël dès 1948. Ce quartier, lorsque je revenais l’été à Jérusalem-Est avec ma famille, je pouvais seulement le deviner de loin, avec tristesse, en me cachant derrière la ligne d’armistice. En 1967, les 5 000 demeures du quartier Mograbi, où ma famille avait ses attaches depuis des siècles, furent rasées, et d’autres lieux devinrent aussi inaccessibles que ceux perdus en 1948. Le rêve du retour s’effondrait ; c’était un sentiment d’écrasement complet. Cette débâcle n’était pas seulement militaire, elle était totale : technologique, économique, politique, elle soulignait un défaut de modernité. Les Etats arabes n’avaient eu aucune gestion réelle de la crise. Ce choc, je me suis rendu compte qu’il était largement partagé. Car l’autre souvenir précis de cette guerre, c’est la gigantesque manifestation qui a vu plus de 300 000 personnes descendre dans les rues de Beyrouth pour refuser la démission de Nasser [le 9 juin 1967]. Ce que nous refusions, ce n’était pas tant sa démission que l’acceptation de la défaite.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
Je peux répondre sans l’ombre d’une hésitation que c’est le 10 juin 1967 que je suis entrée en politique. Je suis passée de l’écrasement à la détermination. A Beyrouth, je me suis rendu compte que des milliers d’autres Arabes, pas seulement des Palestiniens, voulaient trouver un cadre d’action collective, une alternative aux Etats et aux armées arabes, qu’elle soit militaire ou politique. C’est l’époque où des milliers de Libanais rejoignaient le Fatah, au moment où Yasser Arafat prenait l’ascendant et était en train de conquérir l’OLP. Six ans plus tard, il arrachait à la Ligue arabe, à l’Organisation de la Conférence islamique et enfin à l’ONU, la reconnaissance de la nouvelle OLP comme représentant unique et légitime du peuple palestinien, et donc la fin des ambitions jordaniennes et égyptiennes. En 1968, alors que je devais partir en Grande-Bretagne pour mes études, j’ai pris la décision “historique” d’y renoncer et de rester à Beyrouth, avec l’accord de mon père. Cette année-là, je me suis inscrite à l’Université américaine de Beyrouth et j’ai rejoint les rangs du Fatah, où je milite toujours.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Cette guerre a été un tournant fondamental. Tout d’abord pour l’Etat d’Israël, qui a changé de statut et de nature. Sous l’impulsion de dirigeants travaillistes comme Moshe Dayan ou Shimon Pérès, Israël est passé du statut de refuge pour les Juifs du monde entier à celui de puissance, non seulement expansionniste, mais aussi occupante et pratiquant la colonisation de peuplement. Surtout, après 1967, les archives le démontrent aujourd’hui, Israël a rejeté toutes les ouvertures de dirigeants arabes comme Nasser proposant une intégration d’Israël en échange d’un retrait des Territoires. Ce tournant a été tout aussi fondamental pour les Palestiniens, évidemment. Il a permis aux Arabes israéliens – les Palestiniens citoyens d’Israël – de retrouver les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza après vingt années de séparation physique absolue. Juin 1967 a aussi eu un impact sur la perception qu’avaient les Palestiniens des Juifs en général et des Israéliens en particulier. Entre 1948 et 1967, pour nous tous, Israël, c’était fort logiquement l’ennemi, la dépossession et l’exil. Aucun Palestinien ne pouvait raisonnablement comprendre ce qui pouvait pousser les Juifs à quitter le continent européen pour s’installer dans un petit pays du Moyen-Orient ravagé par des siècles d’occupation ottomane. Aucun Palestinien ne pouvait imaginer les siècles de persécutions antijuives en Europe, le génocide juif, ni la moindre raison d’être au mouvement sioniste. Israël n’était pour nous qu’un “instrument de l’impérialisme”. La guerre de 1967 et l’occupation ont permis, au moins, un contact physique, préalable à une connaissance humaine, “tactile” de l’autre. D’où la reconnaissance par les Palestiniens du peuple israélien. En dépit de l’occupation, 1967 a permis aux Palestiniens de percevoir d’où venait la détermination des Israéliens, de comprendre que cette société n’était pas monolithique, de jeter des ponts vers cette dernière et de gagner une bonne moitié de la société palestinienne à l’idée d’une solution politique fondée sur deux Etats. Sans 1967 et sans cette prise de conscience, jamais la proclamation de l’Etat de Palestine, la reconnaissance d’Israël et le renoncement à la majeure partie de notre patrimoine par le Conseil national palestinien en 1988 n’auraient été possibles. Hélas, ni Israël ni la communauté internationale n’ont pris la mesure de la maturité politique des Palestiniens, qui avaient choisi la vie pour les deux peuples.
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FAROUK MARDAM BEY • Quand Paris soutenait Israël

Syrie, écrivain et éditeur


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
En 1967, je poursuivais à Paris mes études de sciences politiques. Opposant au régime baasiste, je militais dans le cadre d’une association d’étudiants, suivais attentivement la vie culturelle française et dévorais les publications d’extrême gauche. Au mois de mai, j’ai participé à la création d’un comité de coordination des étudiants arabes dont l’objectif principal était de répondre à la campagne de presse lancée par les amis d’Israël en France. Avec notre maigre expérience, nous faisions piètre figure face au front pro-israélien qui allait de la gauche non communiste à l’extrême droite. J’étais sidéré par la violence inouïe des médias, qui exprimaient non seulement une indéfectible solidarité avec Israël, mais aussi une profonde antipathie pour les Arabes – et toute la rancœur accumulée durant la guerre d’Algérie. Dans ce contexte, j’ai douloureusement ressenti la prise de position de Sartre et d’autres intellectuels de gauche qui avaient courageusement soutenu les Algériens et qui marquaient avec force leur opposition à la guerre américaine au Vietnam. Le 31 mai, une imposante manifestation de soutien à Israël était organisée devant l’ambassade de l’Etat hébreu, avec la participation d’un grand nombre d’hommes politiques de droite et de gauche, d’académiciens et d’universitaires, d’écrivains et d’artistes, d’anciens combattants, résistants ou déportés, en plus des institutions juives et des associations de rapatriés d’Algérie. Cette quasi-unanimité me scandalisait. Des “ratonnades” ont eu lieu après la manifestation et, dans certains quartiers, les Arabes n’osaient plus se montrer dans les rues. Trois jours après la destruction de l’aviation égyptienne, je ne voulais toujours pas croire, malgré l’évidence, que tout était terminé. Jusqu’à l’intervention télévisée de Nasser, le 9 juin, que j’ai écoutée en pleurant. Aussitôt, je me suis rendu, moi qui n’étais pas nassérien, au rassemblement organisé devant l’ambassade d’Egypte pour demander à Nasser de retirer sa démission. Au même moment, pour fêter la victoire d’Israël, des centaines de voitures parcouraient les rues de Paris en klaxonnant.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
La fondation de l’OLP, en 1964, puis le déclenchement des opérations militaires du Fatah, début 1965, avaient ramené la question palestinienne sur le devant de la scène politique. C’est cependant par suite de la défaite que je suis en quelque sorte devenu “palestinien”. Engagement de toute une vie, car aujourd’hui encore le conflit avec Israël continue à être ma préoccupation première. Il est inséparable pour moi des deux autres plaies du monde arabe que sont le despotisme et l’obscurantisme. J’ai longtemps fait partie des proches amis du Fatah en France. J’ai contribué à la rédaction de ses bulletins d’information, à la formation de plusieurs groupes de soutien, à l’organisation de dizaines de meetings et de manifestations. Ayant peu à peu pris conscience de la complexité du conflit, j’ai passé des années à me documenter sur la question juive, l’histoire du sionisme, celle du mouvement national palestinien, le génocide nazi, la politique internationale au Proche-Orient… C’est ainsi que je suis devenu, dès 1981, l’un des principaux animateurs de la Revue d’études palestiniennes. Le traumatisme de juin 1967, vécu en France, m’a amené à écrire, avec Samir Kassir [journaliste libanais assassiné en juin 2005], le livre qui me tient le plus à cœur, Itinéraires de Paris à Jérusalem, la France et le conflit israélo-arabe [éd. de la Revue d’études palestiniennes].

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
La guerre s’est soldée par une double victoire du sionisme : la première est évidemment l’occupation de l’ensemble de la Palestine mandataire, ainsi que du Sinaï et du Golan, et la seconde, la subordination des communautés juives dans le monde à l’Etat d’Israël, considéré désormais comme le principal pôle d’identification de l’être juif. En réactivant la question palestinienne, cette victoire a à la fois radicalisé et fragilisé la société israélienne. En effet, s’ils tiennent au “Grand Israël”, les Israéliens doivent ou bien procéder à un nettoyage ethnique, ou bien intégrer la population des Territoires occupés et mettre ainsi en danger le caractère juif de leur Etat. La rationalité politique leur commande d’accepter la solution des deux Etats, mais cela implique qu’ils abandonnent ne serait-ce qu’une partie de leurs mythes, et ils ne semblent pas prêts à le faire. Qu’ils en soient arrivés, quarante ans après leur éclatante victoire, à édifier un mur pour se séparer des Palestiniens est en soi une preuve de faillite et de désarroi.
Du côté arabe, la défaite a amorcé le reflux du nationalisme arabe tel qu’il était incarné par Nasser. On a pensé un moment que les sociétés arabes allaient prendre conscience de leurs faiblesses structurelles et se réformer en conséquence. Or on a assisté, au contraire, à l’irruption sur la scène politique de pouvoirs prédateurs dont certains continuent à sévir jusqu’à nos jours. Parallèlement, l’islamisme radical prenait son essor pour devenir, une décennie plus tard, un redoutable facteur de déstabilisation et de guerre civile. Israéliens et Arabes paraissent ainsi moins disposés que jamais à effectuer la révolution mentale sans laquelle aucune solution durable du conflit qui les oppose n’est possible.
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ARIEH ELDAD • Un conflit de civilisations

Israël, député, membre de l’Union nationale (extrême droite laïque), ancien médecin en chef de l’armée israélienne


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
J’étais un adolescent dans la Jérusalem divisée. J’avais l’habitude de marcher le long de la limite municipale qui déchirait la ville en deux pour y chercher des toits suffisamment hauts et des tours afin d’y observer le monde qui se cachait derrière la muraille : les lieux les plus sacrés du peuple juif mais qui avaient été conquis par l’ennemi arabe durant la guerre d’indépendance [de 1948]. Quand j’ai eu 13 ans, pour fêter ma bar-mitsva, mon père m’a emmené au pied du mont Sion, là où se trouve le tombeau du roi David. Il m’avait promis qu’un jour je n’aurais plus à grimper sur les toits pour observer la vieille ville, mais que je m’y promènerais. Quatre ans plus tard la promesse était réalisée. J’avais 17 ans quand la guerre a éclaté. Avec une formation de brancardier, j’étais affecté à l’hôpital Bikur Holim. C’est à cette occasion que j’ai vu mon premier mort. Cette expérience m’avait à ce point marqué qu’un an plus tard, je me retrouvais sur les bancs de la faculté de médecine de l’université de Tel-Aviv. Je fus médecin jusqu’à ma retraite, en 2000. C’est à cette époque que j’ai sans doute soigné le plus grand nombre de blessés, victimes de la plus importante campagne terroriste jamais menée contre les citoyens israéliens. Les Arabes l’appellent l’Intifada.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
J’ai su très vite qu’il était possible d’en finir avec le terrorisme arabe et que, pour ce faire, il fallait à tout prix empêcher l’émergence d’un Etat terroriste palestinien en plein cœur d’“Eretz Israël” [la terre d’Israël, l’Israël biblique]. J’ai alors quitté les salles d’opération et j’ai été élu [en janvier 2003] député de la Knesset. Depuis lors, j’essaie d’empêcher à tout prix que les acquis les plus remarquables de notre démocratie ne soient utilisés comme un moyen de détruire l’Etat d’Israël. Les frontières héritées de la guerre des Six-Jours ont permis à l’Etat d’Israël de survivre. A la veille du conflit, les frontières d’Israël étaient tout sauf sûres et, au centre du pays, seuls 17 kilomètres séparaient la frontière jordanienne de la Méditerranée. A tel point que le ministre des Affaires étrangères de l’époque, le travailliste Abba Eban, les avait surnommées les “frontières d’Auschwitz”. C’est pourquoi, aujourd’hui, ceux qui utilisent le mot “occupation” (en fait, la libération d’une partie de la patrie) et envisagent de faire à nouveau de Jérusalem une ville divisée ne font rien d’autre qu’attiser l’appétit de l’ennemi arabe. C’est la raison pour laquelle l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a été fondée trois ans avant la guerre des Six-Jours. Et c’est pourquoi, sur les sigles de toutes les organisations terroristes palestiniennes créées depuis, la Palestine est dessinée comme s’étendant de la Méditerranée au désert de Syrie, englobant ainsi tout l’Etat d’Israël, ainsi que tout le royaume de Jordanie. Parmi les Palestiniens, la différence que l’on établit entre “modérés” et extrémistes porte seulement sur la façon de réaliser cette aspiration nationale. La guerre des Six-Jours a également offert à Israël la possibilité de résoudre le problème des réfugiés arabes en passant par la Jordanie, qui n’est autre que la Palestine. Plus de 70 % des citoyens jordaniens sont des Palestiniens, et la réinstallation des autres réfugiés établis dans les autres pays arabes permettrait aux Palestiniens d’obtenir leur propre Etat.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Les dirigeants israéliens de ces vingt dernières années, d’une faiblesse surprenante, ont commis l’erreur de croire qu’il était possible de nous concilier les Arabes en vertu de la formule des “Territoires contre la paix”. Ce pourrait être une solution si le conflit qui nous occupe était de nature strictement territoriale. Or il n’en est rien. Il s’agit ici d’une guerre totale qui porte sur le droit d’un Etat juif à exister en Eretz Israël. Il s’agit aussi d’un conflit de civilisations et de religions. Le Jourdain, que nous avons atteint dès le quatrième jour de la guerre, doit être la frontière orientale d’Israël. A l’est de cette frontière, nous vivrons avec un royaume jordanien. Les réfugiés arabes pourront y être réimplantés sur les immenses terres vierges du royaume grâce aux investissements palestiniens. Les Palestiniens qui voudront y déployer leur énergie pourront y déménager. Ceux qui voudront rester en Israël obtiendront le statut de résidents tout en ayant la citoyenneté jordano-palestinienne. Mais, pour cela, encore faut-il une vision, une énergie et une coopération internationale. Toute autre solution promet à tout le Moyen-Orient cent nouvelles années de guerre.
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DOMINIQUE EDDÉ • Ma sortie de l’enfance

Liban, écrivaine*


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
Au Liban, la politique nous est transmise au berceau. On l’attrape comme un accent, comme un virus, en apprenant à parler. Mon plus fort souvenir de juin 1967 – j’avais alors 14 ans –, ce fut l’emballement soudain des conversations. Le bleu sur les vitres. L’irruption de la voix de Nasser dans la maison. Le sentiment que la Palestine était presque là, au fond du transistor allumé. Puis, du jour au lendemain, le coup de massue ; le choc de la vérité après l’ivresse du mensonge. Ayant séjourné à Jérusalem juste avant la guerre, c’est la perte de Jérusalem-Est qui, sur le moment, m’a le plus marquée. Juin 1967 a scellé mon entrée dans le monde arabe et ma sortie de l’enfance.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
J’ai voulu comprendre l’histoire de la Palestine. L’expulsion, l’occupation, la mauvaise foi du monde. J’ai été révoltée. Lorsque, en 1970, des centaines de milliers de réfugiés sont venus grossir les rangs de ceux de 1948, je me suis rendue dans les camps, celui de Chatila en particulier. Un an plus tard, j’y enseignais le français. A cette époque-là, nous n’avions pas de représentation humaine de la population israélienne. Israël était à nos yeux une abstraction, un bloc étanche, une toute- puissance militaire.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Outre la catastrophe qu’elle a signifiée pour les Palestiniens d’abord, leurs voisins ensuite, cette guerre a entériné le mal des deux côtés : les Israéliens se sont installés, depuis, dans le cycle morbide de la répression et de la colonisation. Autrement dit, dans la destruction et l’autodestruction ; les Arabes, dans l’impuissance et la trahison. Ce fut pour les uns la victoire malsaine des armes contre le droit, une conquête suicidaire, et pour les autres une défaite sans leçon. Le coup d’envoi de la débâcle et de la décomposition. La porte ouverte au renversement de l’arabisme par l’islamisme. Certes, l’Intifada – la révolte des pierres, en 1987 – redonna foi en la résistance. Mais, entre-temps, la guerre du Liban – les graves abus des forces palestiniennes et la confiscation du pays par des chefs de guerre mafieux – a sapé l’espoir. Le côté positif de cette descente aux enfers ? On a découvert qu’il existait une résistance israélienne et/ou juive à la politique de répression dans les Territoires occupés. Et qu’il y avait une ligne de crête commune à ceux qui, des deux côtés, osaient dire non à la tribu. Défaite : s’il est un mot qui résume aujourd’hui l’état du Moyen-Orient arabe, s’il en est un qui vaille d’être mis à l’ordre du jour, c’est bien celui-ci. Or non seulement il n’en est rien, mais le déni et l’aveuglement règnent plus que jamais, partout où les pouvoirs sont en place. Etant pour ma part de ceux qui s’inquiètent de la montée des mouvements fondés sur l’appartenance religieuse – du Hezbollah au Liban, par exemple –, je n’en pense pas moins qu’il est irresponsable de ne pas reconnaître le caractère unique – historique – de la résistance de ce dernier face à l’armée israélienne en 2006. Ses combattants ont tenu trente-trois jours sans se rendre, là où les armées arabes avaient craqué en six jours. Ici encore, l’occultation des faits, le “comme si rien ne s’était passé”, est un détournement dangereux de la vérité. Et cette dénégation, à terme, n’est dans l’intérêt de personne. Elle renforce les logiques de rupture : d’un côté, l’intransigeance de ceux qui ont résisté et payé un prix exorbitant, de l’autre, l’insécurité et la surdité. Que l’on soit israélien ou arabe, sunnite, chiite, juif, druze ou chrétien, la paix n’aura de chances à mes yeux que le jour où les uns et les autres s’attaqueront aux mythes qui leur ont tenu lieu d’œillères et de refuges. La politique du forcing à l’américaine ou à l’israélienne a prouvé – au prix d’un saccage sans nom – qu’il ne suffisait pas d’être le plus fort pour mettre la réalité au pas. Il arrive qu’une défaite soit, pour l’avenir, supérieure à une victoire. Mais il faut pour cela que la peur du mensonge l’emporte sur celle de la vérité. Il faut surtout que le droit reprenne ses droits. Il semble, pour l’instant, que ce ne soit pas le cas. Or plus chacun tarde à reconnaître l’autre, plus l’autre s’endurcit et devient dangereux.
* Dernier ouvrage paru : Le Crime de Jean Genet (éd. du Seuil, 2007).
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ELIE BARNAVI • La part d’irrationnel du citoyen

Israël, historien, ancien ambassadeur


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
Il est difficile de démêler souvenirs personnels et mémoire collective : l’angoisse qui a accompagné la “hamtana”, la longue période d’attente qui a précédé la campagne, la fièvre de ces six jours de combat, le soulagement et, enfin, l’exaltation de la victoire. Mon service militaire tirait à sa fin, et mon unité a été engagée à Jérusalem. Deux souvenirs précis émergent du vacarme et de la confusion des combats : le nombre de cadavres qui jonchaient les rues de la vieille ville (je n’en avais jamais vu autant) et le choc de la découverte du mur des Lamentations. Au débouché d’un dédale de ruelles, il est apparu soudain, énorme et majestueux. Je me suis approché et je l’ai touché. Quelques mois auparavant, perché avec mes camarades sur le toit du couvent de Notre-Dame, à la lisière des deux parties de Jérusalem divisées par une muraille (eh oui ! on oublie volontiers ce mur-là), je le devinais en contrebas et me disais que je ne le verrais jamais de près. Maintenant, j’y étais. Je me suis interrogé ensuite, naïvement, sur la nature de ce sentiment. Après tout, j’étais un Juif sans Dieu, dont l’intérêt pour les vieilles pierres était plus esthétique et historique que sentimental. C’est ainsi que j’ai compris que, pour rationnel et raisonnable qu’on se veuille, il y a toujours une part d’irrationnel dans l’attachement du citoyen à sa patrie, et que cette part d’irrationnel est inséparable de symboles puissants. Le mur, vestige du temple hérodien, est le plus puisant de ces symboles.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
La guerre des Six-Jours a été sans conteste le premier chapitre important (et conscient) de mon manuel personnel d’apprentissage politique. Deux ans auparavant, en pleine nuit, au cours d’une marche dans les monts de Judée, l’armée avait apporté des urnes et j’avais voté pour la première fois. J’étais travailliste, comme mes parents et tous mes amis, et, comme eux, plutôt nationaliste. Très rapidement, cette guerre a cristallisé ma position politique sur le conflit israélo-arabe : l’égale légitimité des deux mouvements nationaux qui se disputent ce bout de terre, la nécessaire rétrocession des terres conquises, la création d’un Etat palestinien pleinement souverain aux côtés de l’Etat d’Israël. Cette position n’a pratiquement pas varié depuis. Des années durant, elle était minoritaire parmi mes compatriotes ; elle est aujourd’hui partagée par leur immense majorité.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Il faut distinguer entre la campagne elle-même et ses conséquences à long terme. Cette guerre a été une nécessité – une guerre juste, s’il en est. Il ne faut pas réécrire l’Histoire : comme j’ai eu l’occasion de l’expliquer à plusieurs reprises, dans les circonstances d’alors, Israël n’avait simplement pas le choix. Ses conséquences en font un événement énorme, comparable à la guerre d’indépendance d’Israël (la Naqba, la “catastrophe” des Arabes), deux décennies auparavant. La conquête de territoires arabes a engendré une situation néfaste d’occupation militaire, de spoliations et de violence ; mais elle aura été aussi la condition de la paix avec l’Egypte et la Jordanie hier avec les Palestiniens demain. En effet, avant, Israël n’avait rien à offrir à ses adversaires si ce n’est sa propre disparition ; après, il a été de moins en moins question de la liquidation de l’“entité sioniste” et de plus en plus de la “restitution des territoires occupés.” La formule “Les Territoires contre la paix” n’a de sens que si l’on a des territoires à échanger contre la paix. C’est ainsi qu’un affrontement total et sans issue s’est mué, au moins potentiellement, en un conflit classique, susceptible d’être résolu par la négociation et le compromis. C’est donc la guerre des Six-Jours qui a donné à Israël la carte maîtresse pour arracher sa reconnaissance à ses voisins. Jusqu’à maintenant, il l’a jouée avec plus ou moins de bonheur – plutôt bien avec les premiers [Egypte, Jordanie], misérablement avec les seconds [les Palestiniens]. Mais, quoi qu’il arrive, c’est cette carte qui décidera de son avenir dans la région.
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NAHLA CHAHAL • 1967 m’a libérée de la langue de bois

Liban, sociologue


Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?
Je me souviens de mon père en train de blêmir à l’annonce du retrait de l’armée égyptienne vers la “3e ligne de défense”, puis de son infarctus, et de son courage à supporter la douleur pendant quelques heures – il était médecin et savait ce qui lui arrivait –, le temps de descendre dans la rue, comme tous les habitants de notre ville, pour refuser la démission de Nasser et crier “Non !”. A la défaite s’ajoutait le mensonge public qui l’avait précédé et qui continuait à l’entourer. Pour lui, dont la conscience politique s’était formée avec la Naqba [catastrophe] de 1948 [création de l’Etat d’Israël], ce nouvel épisode ébranlait son être. Non qu’il fût nationaliste (il était communiste et opposé au régime de Nasser), mais il avait personnellement honte, et il craignait pour l’avenir de cette entité en devenir permanent qu’est le monde arabe. J’ai ainsi reçu ma première grande leçon de “patriotisme”. Avant la fin de la nuit, nous étions à l’hôpital où il fut admis et transféré tout de suite aux soins intensifs.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
Tel un séisme de haute magnitude, la défaite de 1967 m’a libérée de la langue de bois. Je crois que c’est son effet le plus important, au-delà de tel ou tel autre choix politique. Je ne pouvais plus avaler les justifications et autres raisons bien calibrées de ce qui se passait. Elevée par deux parents communistes, j’étais entrée très jeune au Parti communiste libanais, comme on hérite d’autres choses. Après 1967, j’ai très vite commencé à aller voir ailleurs, à lire des revues d’une autre gauche naissante, des analyses sortant des sentiers battus et essayant de comprendre ce qui nous arrivait. Je commençais à entendre parler des fedayins palestiniens, de cette révolution à qui on prêtait des traits guévaristes, et à y être sensible, à ne pas supporter les hésitations de mon parti à son égard, à ne plus supporter cette capacité à dissocier la question nationale de la question sociale, à parler de “bourgeoisie nationale au pouvoir” avec laquelle les communistes étaient forcément alliés (en dépit de la répression que ces pouvoirs leur faisaient subir), et que j’ai fini par interpréter comme répondant aux impératifs de l’alliance de Moscou avec ces régimes, comme la conséquence de la guerre froide – qui à mes yeux ne justifiait pas de tordre le cou à un “penser vrai”. Ce sont ces considérations qui ont donné naissance aux courants de la nouvelle gauche [l’Organisation d’action communiste au Liban], et qui m’ont amenée à la rejoindre depuis la première heure. Mon père, qui dans sa jeunesse avait transgressé les appartenances conservatrices de son milieu pour devenir communiste, m’y a encouragée, disant qu’il fallait tisser une analyse et une action enracinées dans la réalité sociale de notre région et émanant d’elle. Avec 1967, mon engagement politique est devenu mon activité principale et le sujet autour duquel toute ma vie allait s’organiser. Je doute qu’il en aurait été de même sans cet événement.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
D’abord se rendre compte à quel point 1967 est éloigné temporellement, alors qu’il est encore si présent, si décisif. Le monde arabe, c’est vrai, a beaucoup changé entre-temps, mais c’est un changement autour de cet événement – en rejet, en opposition, ou en acceptation… Les deux événements qui continuent à structurer les consciences dans ce monde arabe sont sûrement 1948 et 1967. Cette affirmation est peut-être purement idéologique, c’est-à-dire qu’elle n’est que perception, et non pas une réalité objective, cette dernière étant très dure, chargée de guerres civiles et d’invasions, de processus de paix – non aboutis mais qui perdurent –, de misères et de corruptions sans limite. N’empêche, 1967 reste une pierre de touche.
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YOSSI BEILIN • “J’ai cessé de croire en Dieu”

Israël, ancien ministre, chef du parti Meretz (gauche laïque et pacifiste)

Quels souvenirs personnels avez-vous de la guerre des Six-Jours ?

A l’époque, j’étais dans l’armée, et mon expérience est celle d’un soldat qui a pris part à la guerre. En dépit de la brièveté des hostilités, j’ai participé aux combats à la fois dans le Sinaï et sur le Golan. J’étais sergent-chef, chargé des transmissions de mon régiment. Je me souviens de la longue période d’attente qui a précédé la guerre, du sentiment de soulagement quand elle a enfin éclaté. Pendant la guerre, mes amis et moi ne savions pas exactement ce qui se passait sur tous les fronts, mais je me souviens de l’exaltation qui a été la nôtre quand nous avons appris qu’Israël s’était emparé du mur des Lamentations [à Jérusalem]. J’ai été le témoin de quelques scènes horribles, mais j’avais l’impression que cette guerre nous avait été imposée et que la justice était de notre côté.

Quelle conséquence a eue cet événement sur votre itinéraire ?
Je n’ai pris conscience de ses conséquences que lors de la guerre du Kippour, en octobre 1973, soit six ans plus tard. A la redoutable différence de la guerre des Six-Jours, la guerre du Kippour a été un choc terrible. Personne ne s’y attendait. Nous étions sûrs qu’après notre victoire de 1967 l’armée israélienne était invincible et que personne n’oserait s’en prendre à nous. Nous avions foi en nos dirigeants et en notre avenir. Quand les sirènes de l’alerte aérienne ont retenti en ce sinistre samedi 6 octobre 1973, cette illusion a volé en éclats. Soudain, l’armée en laquelle nous avions toute confiance et que nous avions glorifiée ne se montrait plus aussi invincible, nos dirigeants faisaient la preuve de leur ignorance, de leur insouciance et de leur impuissance. Cette guerre a été pour moi le signal d’un réveil politique et intellectuel brutal. Sur le plan personnel, j’ai définitivement tiré un trait sur la religion, j’ai cessé de croire en Dieu. Et j’ai aussi cessé de croire en nos dirigeants, peut-être dans tous les dirigeants, quels qu’ils soient. J’ai compris qu’il ne faut jamais partir du principe qu’ils sont plus intelligents, plus avisés ou plus capables que nous. C’est à cause de ce sentiment qu’au bout d’un moment j’ai décidé moi aussi d’embrasser la carrière politique.

Quel regard portez-vous sur cette guerre, quarante ans plus tard ?
Je crains que la guerre des Six-Jours ne continue quarante ans après. Car, d’une certaine façon, elle n’est pas terminée, puisque nous en subissons encore aujourd’hui les terribles conséquences. Israël a remporté une brillante victoire militaire en six jours au mois de juin 1967, mais ne connaît depuis qu’un échec politique incessant. En dehors du Sinaï, qu’Israël a rétrocédé à l’Egypte en échange de la paix (mais, hélas ! pas avant la terrible guerre d’octobre 1973), l’Etat hébreu s’est accroché aux territoires qu’il occupe depuis 1967 (la Cisjordanie, le Golan). La poursuite de cette occupation est une calamité bien connue, entre autres pour Israël. Toutes ces années, j’ai consacré ma carrière politique à essayer de sauver Israël de la tragédie qui s’est abattue sur nous il y a quarante ans ou, si vous voulez, à trouver ou inventer le bouton qui nous permettrait d’inverser le cours de l’histoire qui s’est déroulée depuis.

Ouf, nous voilà au bout ;)
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par Babeuf
#1196188
j'ai acheté le courrier international de cette semaine mais pas encore lu 8)
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par sadko6666
#1196190
Babeuf a écrit :j'ai acheté le courrier international de cette semaine mais pas encore lu 8)
Bah, ce sera sûrement mieux sur papier que sur forum ;)
par Illuminti
#1196348
Intéressant, merci pour ces informations.

Les années d'après guerre sont intéressante aussi. On ne parle jamais assez des milliers de villages palestiniens vidés de leur habitant. On ne parle jamais assez de ces déportations massives et de ces zones entières vidées de leur habitants à l'époque. On ne parle jamais assez aussi de ces tueries dans les villages.

Voilà le déclencheur de ces conflits : la déportation de milliers de palestiniens...

8)
par Nico
#1196369
Illuminti a écrit :Intéressant, merci pour ces informations.

Les années d'après guerre sont intéressante aussi. On ne parle jamais assez des milliers de villages palestiniens vidés de leur habitant. On ne parle jamais assez de ces déportations massives et de ces zones entières vidées de leur habitants à l'époque. On ne parle jamais assez aussi de ces tueries dans les villages.

Voilà le déclencheur de ces conflits : la déportation de milliers de palestiniens...

8)
ou le refus de la creation d'Israel par les etats arabes... plus certainement.
par Illuminti
#1196379
L'année, c'est 1948... pas après.
par Nico
#1196382
Illuminti a écrit :L'année, c'est 1948... pas après.
et?
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par sadko6666
#1196461
Je trouve dommage que l'ensemble de ce dossier ne sucite que des réactions aussi obtues, fermant le débat.
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par assimon
#1196500
J'ai pris la peine de lire tout le dossier, et comme d'habitude je suis positivement surpris...

C'est une bonne introduction pour ceux qui veulent comprendre le problème des territoires, même si les palestiniens ne sont pas à la base de ce conflit...

Contrairement à ce que l'on croit les Palestiniens ne posaient pas de problème en cisjordanie, ni pour les Israéliens ni pour les Jordaniens, ils se comportaient comme les druzes et allaient selon le gouvernement...

Le conflit Israélo-Arabe devrait se jouer face à la Jordanie, mais cette dernière est bien contente d'avoir moins de Palestiniens à gérer sur son territoire... En effet le Jordanie et le premier pays Palestiniens avec 80% de palestiniens sur son territoire,...

Mais ça les Palestiniens d'Aujourd'hui n'en veulent pas et même si ils en voulaient, ils ne pourraient pas faire grand chose face à une roayauté peu démocratique...

L'on peut voir les problèmes actuels au Liban qui poussent à croire que les pays Arabes sont désireux de se détacher, encore une fois, du problème Palestinien au Moyen Orient...

Peuple palestinien, soyez donc druzes...
par fermier87
#1197088
QUESTION :Depuis 1948 pourquoi les pays voisins d'Israel n'ont ils pas pu assimiler les palestiniens
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par assimon
#1197101
Les pays arabes voisins n'ont pas pu absorber la population palstinienne pour plusieurs raisons différentes dans chaque pays...

Au Liban ils ont un statut de réfugiés, la plupart des Palestiniens présents sur place ont vendus leurs terres à des juifs, le reste à fuit les combats de la Guerre d'Indépendance et des différents conflit armés présents avant la création de l'état d'Israël. En syrie les palestiniens présents vivent sous un régime dictatorial qui ne leur permet pas de dire grand chose, la démocratie sur place y est très limitée aux dernières élection seul le président Bachar al-Assad était présent sur les listes électorales, en Jordanie où 80% de la population est palestinienne, le problème se pose moins, ils n'ont pas de statut de réfugiés, mais sont des citoyens de seconde zones, comme en cisjordanie conquis par Israël en 1967. Pour l'Egypte la population palestinienne sur place est divisée en deux, ceux qui vivent dans des conditions désastreuses, et ceux qui se sont assimilé aux Egyptiens, les deux groupes sont essentiellement composés de palestiniens qui ont fuis la bande de gaza à la recherche soit de travail, soit de conditions de vie plus acceptables.

Donc à part pour le Liban, la plupart des pays voisins d'Israël vivent avec les palestiniens cohérence avec leur régime politique. Quand à Israël, 10% de la population est constituée d'Arabes Palestiniens ayant la nationalité Israélienne et bénéficiant des mêmes droits que les autres citoyens d'Israël.

Pour ajout, sachez que la palestine s'étend aussi sur les territoires Syriens et Jordaniens, mais ça n'importe personne...
par Illuminti
#1197168
Tous ces gens déportés à la création de l'état d'Israel ont contribué, contribue et contribueront à déstabiliser les pays qui lui sont frontaliers...

En Israel combien de camps de réfugiés ? Au Liban sud combien de camps de réfugiés ?

Si la palestine n'est qu'un concept, si la Palestine n'existait pas qu'avait donc besoin l'état d'Israel de déporter autant de personne à sa création ?

8)
par Nico
#1197170
Il n'y a aucun camps de refugiés en Israel.. les seuls refugiés venus en Israel etait des juifs venus des pays arabes....
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par assimon
#1197185
Petite rectification....

Il y a en Israël une cinquantaine de camps de réfugiés, divisés entre Djenine, Tulkarem et Gaza, la plupart sont sous contrôle de l'autorité palestinienne... Mais certains demeureunt sous contrôle israéliens, les conditions de vie de ces camps sont assez pénibles, Israël fournit à ces camps eau et électricté gratuitement, qu'ils soient sous occupation Israélienne ou sous contrôle palestinien.....
par Nico
#1197186
assimon a écrit :Petite rectification....

Il y a en Israël une cinquantaine de camps de réfugiés, divisés entre Djenine, Tulkarem et Gaza, la plupart sont sous contrôle de l'autorité palestinienne... Mais certains demeureunt sous contrôle israéliens, les conditions de vie de ces camps sont assez pénibles, Israël fournit à ces camps eau et électricté gratuitement, qu'ils soient sous occupation Israélienne ou sous contrôle palestinien.....
Je parlais du territoire israelien reconnu internationalement, donc hors de Gaza et Cisjordanie. de 49 a 67 ces camps ont ete mis en place par l'Egypte et la Jordanie.
par Illuminti
#1197255
assimon a écrit :Petite rectification....

Il y a en Israël une cinquantaine de camps de réfugiés, divisés entre Djenine, Tulkarem et Gaza, la plupart sont sous contrôle de l'autorité palestinienne... Mais certains demeureunt sous contrôle israéliens, les conditions de vie de ces camps sont assez pénibles, Israël fournit à ces camps eau et électricté gratuitement, qu'ils soient sous occupation Israélienne ou sous contrôle palestinien.....
Merci pour ces précisions. Elles recoupent mes propres informations...

Bonne soirée
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par assimon
#1197268
Pour encore mieux préciser, ces camps existaient avant qu'Israël n'occupe ces terres et les conditions de vie y étaient encore plus dures, Israël y envoie de l'aide humanitaire, des aides médicales, des vivre, et y garantit l'approvisionnement en eau et électricité gratuitement... Les réfugiés de ce camps peuvent le quitter, et habiter dans d'autres villes de l'autorité palestinienne... Même si il faut attendre des autorisations de libre circulation entre les territoires, les délais d'attente varient de 3 moi à 6 mois...
par fermier87
#1197335
Illuminti a écrit :Tous ces gens déportés à la création de l'état d'Israel ont contribué, contribue et contribueront à déstabiliser les pays qui lui sont frontaliers...

En Israel combien de camps de réfugiés ? Au Liban sud combien de camps de réfugiés ?

Si la palestine n'est qu'un concept, si la Palestine n'existait pas qu'avait donc besoin l'état d'Israel de déporter autant de personne à sa création ?

8)

Si comme vous dites les gens ont été "déporté" à la création de l'état d'israel comment expliquez vous la présence d'arabes israeliens .

La logique aurai été de" déporter" toutes la population non juive

Et je n'aime pas le mot que vous employez "DEPORTE" déplacé aurai été plus judicieux car déporté signifie dans le conscient de la plus part des gens "Mort et travail"
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par Haaa!!!
#1197339
Je le lirais la semaine prochaine... j'ai une semaine de retard dans ma lecture de CI et je dois aussi lire le supplément sur Lyon 8)
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